Document Éphéméride anarchiste

Neufchâtel, le 20 février 1881
Ici, comme à Paris, la politique est calme en ce moment, ce qui n’est pas plus mauvais.
Hier soir, nous avons eu une réunion qui s’est exclusivement bornée au dépouillement et à la lecture de la correspondance.
Nous avons fait quelques efforts en faveur de Cipriani et nous avons reçu des réponses, une des membres du cercle d’études sociales de Turin, l’autre de Bianchi de Lugano, au nom des réfugiés italiens de cette ville. Ils disaient qu’ils ont fait faire secrètement, soit auprès de Garibaldi, soit auprès de quelques membres du parquet de Milan, des démarches en vue d’obtenir la liberté de Cipriani, mais le résultat du fameux comité (?) de Rome, qui s’est trouvé complètement en faveur de la monarchie italienne, a empêché toute réussite et Cipriani est toujours au secret.
Ils ajoutent que la propagande révolutionnaire marche activement et qu’à Padoue, Florence et Naples, de nouvelles sections ont été formées.
Nous avons une lettre de la section de Verviers (Belgique) qui nous annonçait un nouveau congrès pour le dimanche 20 mars, à Cuesmes.
La Fédération jurassienne a envoyé son adhésion pour le Congrès international révolutionnaire qui se tiendra à Londres le jour anniversaire de la prise de la Bastille, soit le 14 juillet. Nous y enverrons des délégués.
Une brochure, imprimée à Genève, rue du Nord, et composée par Félix Pyat est expédiée à Paris, par petites quantités parce qu’il paraît qu’elle est saisie à la frontière, et alors elle prend le chemin que je vous ai déjà indiqué.
Robert, de la Chaux-de-Fond se charge de ces expéditions par les contrebandiers de tabac : cela passe le Doubs entre la Rase et la Chapelle de Blanche-Roches.
Une fois la ligne de douane passée, cela est réexpédié, je ne sais comment par chemin de fer.
J’ai cherché à connaître l’adresse du destinataire à Paris ; je sais que c’est rue St Joesph, mais je n’ai pu connaître ni le nom, ni le numéro.
C’est m’a-t-on dit Gambon et Cournet, qui sont chargés des distributions de ces brochures.
Paul Brousse nous écrit aussi que la propagande se fait très mal à Paris et que le gros des amnistiés ne veut pas répondre aux nuances faites par les comités révolutionnaires. Il craint même que les élections prochaines ne soient complètement mauvaises pour le parti collectiviste et il dit regretter la Suisse.
Droz

Source : Archives de la Préfecture de police de Paris Ba 438

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