La Misère                                              Cette le 1er novembre 1881

Groupe anarchiste révolutionnaire

Commune de Cette

Cher citoyenne V. Rouchy Paris

J’ai reçu votre honorée du 28 écoulé, dans laquelle vous me dites que le journal anarchiste « La Révolution sociale » n’est pas prêt à paraître encore, ce que nous regrettons beaucoup.

Ici, nous sommes décidés à faire paraître un journal gratuit dans le courant du mois. Les travaux et démarches préliminaires sont fort avancés. Nous nous sommes entendus avec un imprimeur de notre ville qui nous fait les tirages de 2.000 exemplaires pour la somme de 65 francs, format du Révolté de Genève. Nous le feront paraître chaque fois que nous aurons la somme nécessaire.

Nous vous serions très obligés si vous pouviez nous envoyer quelques articles, ainsi que vos amis Buisson et autres amis de vos groupes, le plus vite possible, pour les faire paraître dans le premier numéro. Les articles seront absolument anonymes ou simplement la signature du groupe. Ce journal desservira gratuitement la région du Midi et sera envoyé dans les campagnes des environs de chaque département : Pyrénées Orientales, Aude, Hérault, Gard, Vaucluse et Bouches du Rhône, excepté Marseille qui nous absorberait complètement le tirage. Si vous pouviez nous donner aussi quelques adresses de correspondants étrangers, nous pourrions publier (manque un mot) mouvement socialiste international, enfin, aidez-nous de votre mieux en attendant que vous soyez définitivement en mesure de faire paraître celui de Paris.

Si notre journal pouvait paraître quelque temps, nous pourrions faire quelques nouvelles recrues. Les dernières élections ont beaucoup fait pour nos idées, aussi avons nous eu la satisfaction de voir que les affiches que nous avions clandestinement placardées, ont été respectées et que les politiciens comptent désormais avec nous.

Nous avons reçu la circulaire des communistes libertaires d’Iowa, nous informant que deux compagnons étaient partis pour aller explorer dans la Floride un climat plus hospitalier, endroit à la production plus certaine.

Que l’Icarie, ne soit elle pas plus loin que l’Afrique ou l’Espagne, car il nous serait plus facile pour aller le grossir, ces pionniers infatigables à la recherche d’une société où chacun le bien être assuré par la Solidarité matérielle de ses membres.

Mais, vaut peut-être beaucoup mieux être encore ici, car on est plus en lutte et la lutte c’est la vie en quelque sorte. Nous avons beaucoup trop à faire ici, pour aller là-bas, où d’après ce qu’il me semble, on ne trouve à combattre que de fort loin.

La Révolution a trop besoin de nous pour que nous désertions les rangs de son armée.

Comment ! Maria serait peut-être mêlé avec les calomniateurs de la rue Keller ? Ce n’est pas possible, nous ne pouvons croire cela !

Nous sommes totalement désorientés, nous aurions besoin de savoir sur ceux que nous devons compter. Renseignez-moi personnellement et je vous promets de croire que le plus absolu secret sera gardé par moi.

Une poignée de main révolutionnaire à nos amis de Paris.

Hébrard Louis

Tailleur de pierres, rue des Cercleurs (prolongée)

Avez-vous vu Faillès* du groupe l’Alarme de Narbonne. Il se sera envolé sans doute avec les (effacé) des résolutions du Congrès de Londres.

*Groupe communiste anarchiste l’Alarme : G. Faliès, 254 place Perpignan. On le trouve aussi orthographié Falliès à Paris

SOURCE : IISH d’Amsterdam G. Brocher Papers. 120