Cette le 3 août 1881

Ma chère V. Rouchy

A mon arrivée de Béziers où j’ai resté trois jours avec les amis, j’ai reçu votre lettre qui confirmait le contenu de celle du compagnon Buisson reçue par les amis de Béziers avec prière de la communiquer aux groupes anarchistes du Midi. J’en ai pris copie et la lirai ainsi que la vôtre à la prochaine réunion tenue de nos deux groupes.

J’approuve hautement votre conduite vis à vis de ceux qui chercheraient à semer la division dans les rangs de l’armée révolutionnaire.

Évitez autant que possible les polémiques personnelles qui ne peuvent que porter un grand préjudice à notre cause.

Je regrette beaucoup la (illisible) de voir différente qui s’est manifestée relativement aux travaux du congrès de Londres.

Pour ma part, je suis hostile au bureau central de renseignements, préférant laisser l’autonomie la plus absolue aux groupes de correspondre lorsqu’ils le jugent utile.

Tout cela ne découragera pas de soutenir la Révolution sociale, tant que cet organe défendra les idées et les aspirations des révolutionnaires anarchistes.

Dimanche dernier, nous nous sommes réunis à Béziers dans le but de nous entendre pour la création d’un journal gratuit. Les groupes de la région du Midi s’imposeront par souscription facultative le montant des frais d’impression, etc…

Chaque tirage nous coûtera 70 francs de 2.000 exemplaires et paraîtra chaque fois que le montant sera suffisant.

Veuillez donner une poignée de main révolutionnaire à tous les compagnons de l’Alliance des groupes révolutionnaires des V, XIII arrondissements, etc…

Révolutionnairement à vous

Hébrard Louis

Pour ce que vous me demandez de Buisson*, c’est la première chose dont j’entends parler et cela m’étonne beaucoup. J’ai connu pour la première fois le compagnon Buisson, lors du Congrès national de Marseille, mais je n’ai jamais entendu dire qu’il fasse commerce pareil. Tout cela est déplorable. Un compagnon m’apprend que l’ami Sibilat a reçu une lettre de Gautier. J’irai le voir et le prierai de m’en donner connaissance et je verrai s’il en dit quelque chose de tout cela.

Salut et solidarité

Hébrard Louis

*Il s’agit de Ulysse Buisson, 31 rue de Beaune du Groupe Les Incendiaires de Paris.

SOURCE : IISH d’Amsterdam G. Brocher Papers. 120