Sûreté                                                                Paris, le 17 avril 1892
Rapport

Le nommé Ravachol, après avoir passé une nuit tranquille, s’est levé à 6h du matin, en fredonnant quelques airs de chant.
Il nous a dit que c’était malheureux qu’il soit prisonnier car il s’était promis de faire un coup de maître le 1er mai.
Il est vrai dit-il, que de la parole aux actes, il y a loin, mais je pensais qu’en mettant le feu aux quatre coins de Paris, dans quatre maisons différentes en y louant une chambre et en y mettant le feu après avoir répandu de l’essence ou du pétrole, on aurait mis la Sûreté, la police, les pompiers et la troupe sur pied.
Tous ces gens auraient couru vers les lieux des sinistres, la manifestation n’aurait pas été inquiétée, les ministères, préfectures, auraient été (illisible) par une partie au moins du service qui se serait rendu sur le lieu du sinistre pour surveiller et inspecter, on aurait pu alors attaquer librement ces endroits et aller mettre à sac les maisons de riches, faire sauter à la dynamite tout cela sans être inquiété par la police qui serait sur les dents, éloignée et divisée par les lieux du sinistre.
La foule, l’anarchie, les dynamiteurs auraient pu facilement agir.
J’ai vu mon frère, je l’ai accosté bravement, il m’a dit : je ne croyais pas que c’était toi.
Comment, lui dis-je, tu sais bien de quoi je suis capable.
Il m’a répondu que ma photographie ne me ressemblait pas, que je n’étais pas si gras. Non, lui dis-je, je ne le suis pas j’avais reçu des horions.
Il me dit que ma mère devenait folle de cette arrestation et que ma sœur était très affectée, qu’elle n’était pas dans l’aisance et qu’elle avait un deuxième enfant, qu’il avait craint de perdre sa place parce que à un certain moment, depuis mon arrestation on lui avait fait des observations pour le travail, enfin que ces observations avaient cessé et qu’il continuait à avoir du travail. Il m’a dit qu’il viendrait me revoir et qu’il avait été amené à Paris par un journaliste.
Ensuite il nous a demandé, puisque nous avions quelque temps devant nous, de continuer à écrire sa vie.
L’inspecteur Laemmer à qui il s’adressait, lui a répondu que souffrant horriblement des dents, il ne pouvait acquiescer à sa demande.
Cette réponse a paru lui laisser des soupçons et l’a rendu rêveur.
Ah, dit-il, vous ne pouvez pas, c’est drôle cela.
Pourtant cette réponse devait lui paraître naturelle d’autant plus que depuis quatre jours cet inspecteur porte une mentonnière et a la tête complètement enveloppée.
Il devint depuis ce moment soupçonneux, continua à faire son lit et à ranger ses effets, travail qu’il avait entrepris en nous parlant.
Il nous à fait voir le dossier de la procédure que nous n’avons pas eu le temps même d’ouvrir.
Les inspecteurs
Lécureuil, Laemmer, Charlet

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Sûreté                                                               Le 17 avril 1892

Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du matin à midi sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature à être signalé.
Le détenu est allé à la promenade de 10 à 11 heures.
Il occupe ses loisirs à étudier sa procédure.
Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                                           Le 17 avril 1892
Rapport
Surveillance sur le nommé Ravachol

La surveillance exercée sur le nommé Ravachol de midi à 7 heures du soir n’a rien amené pouvant intéresser le service. (Il a vu son avocat avec qui il est resté de 1h1/2 à 2 heures et lui a remis un dossier). Nous avons été relevé par nos collègues Charlet, Lécureuil et Lesmer.
Gallet, Richbourg, (illisible)

Sûreté                                             Le 17 avril 1892*

Rapport

Surveillance sur le nommé Ravachol

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef du service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du soir à minuit sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier et de nature à être signalé.

Le détenu s’est couché à 8 heures du soir et dormait lorsque nous avons été remplacés.

Richer, Maigre, Sénart

SOURCES : Arch. Préf. de pol. JA 8 et Ba 1132

*indiqué par erreur le 18 avril dans le rapport