Sûreté                                                               Paris le 6 avril 1892

Surveillance sur le nommé Ravachol

Rapport

Faisant suite à notre précédent rapport, il résulte que le nommé Ravachol auprès duquel nous avons exercé une surveillance de 7 heures du matin à midi, a reçu ce matin à 9 heures, une lettre venant de Béziers mais il l’a refusé vu qu’elle n’était pas affranchie.

A onze heures ¾, il a été appelé par Monsieur Atthalin, juge d’instruction.

Nous avons été relevé par nos collègues Charlet, Lécureuil et Leammer.

Dechet, Gallet, Richbourg

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Sûreté                                                  Paris le 6 avril 1892

Rapport

A notre reprise de service à la Conciergerie, de midi à 7 h, le nommé Ravachol était auprès de M. Atthalin, juge d’instruction.

Il est rentré vers 6h1/2 et nous a dit que dès le début de l’interrogatoire, M. Atthalin lui a fait raconter l’histoire de sa vie, mais ne lui avait donné de renseignements que jusqu’à l’âge de 20 ans, c’est à dire au moment où il travaillait comme teinturier ; son récit a été interrompu par la confrontation des témoins, dont un seul, le boucher qui habite à Saint-Mandé, ne l’a pas reconnu.

A ce sujet, Ravachol raconte que cet homme ne l’avait vu que de nuit, lorsqu’il rentrait chez lui ; le boucher habitait la même maison que l’inculpé, prit ce dernier pour un voleur, et lui avait demandé où il allait, car il ne parvenait pas à ouvrir la porte d’entrée fermée par un secret connu des locataires seuls.

Le boucher qui était avec un autre individu l’interpella d’une manière brusque ; Ravachol se crut pris et les prenant pour des agents, se mit sur ses gardes en mettant la main sur son revolver.

Il leur répondit : je vais voir un ami, Franchon, qui habite ici.

Le boucher le laissa rentrer et l’accompagna jusqu’à l’escalier.

Depuis ce temps, Ravachol se méfia de tous ceux qui pouvaient l’approcher et il nous ajouta qu’il n’avait qu’une crainte, c’est qu’il rentra chez lui et découvrit son arsenal.

Je suis étonné, ajoute-t-il que Le Temps ait reproduit des paroles que je n’ai prononcé qu’en cellule et que je dois avoir dit à certains de vos collègues, car c’est le boucher qui a apporté ce journal à M. Atthalin.

Il doit, d’après lui, avoir reçu plusieurs lettres car il les a vues entre les mains de M. le juge d’instruction

En tout cas il n’en a pas eu communication.

Charlet, Lécureuil, Laemmer

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Sûreté                                                                 Le 6 avril 1892

Surveillance sur le nommé Ravachol

Rapport

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire, chef de service, que pendant la surveillance exercée de 7 heures du soir à minuit, sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien passé de particulier de nature a être signalé.

Le détenu s’est couché à 8 heures et demie et dormait lorsque nous avons été relevés par nos collègues.

Richer, Maigre, Sénart

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Sûreté                                                                              Paris le 6 avril 1892

Surveillance sur le nommé Ravachol

Rapport

Nous avons l’honneur de rendre compte à Monsieur le commissaire de police, chef de service, que pendant notre surveillance exercée de minuit à 7 heures du matin sur le nommé Ravachol, il ne s’est rien produit de particulier à signaler.

Le précité dormait à notre arrivée et s’est réveillé à 6 heures et demie ce matin. Il a dormi d’un sommeil qui nous a paru très calme.

Maigre, Richer, Sénard

SOURCE : Arch. Préf. de pol. JA 8