Une perquisition eut lieu chez Gille, dans une maison meublée de la rue d’Orléansville

Conformément à la délégation de Monsieur le préfet d’Alger en date du 4 de ce mois, me prescrivant de me rendre à Ténès pour procéder à des perquisitions chez un certain nombre d’individus connus pour leurs idées anarchistes. J’ai quitté Alger le cinq janvier au matin, accompagné de MM. Colonna, inspecteur des chemins de fer et des ports, et Lerat, secrétaire, inspecteur de la police municipale.

Arrivé par la train de une heure un quart du soir à Orléansville, après avoir rendu visite à Monsieur le sous-préfet et à Monsieur le procureur de la république, je me suis mis en route pour Ténès avec mes deux inspecteurs.

Malgré l’heure avancée de la soirée (sept heure et demie), je pus, dès mon arrivée, entrer en relations avec MM. Marcel, administrateur de la commune mixte, et Fournier, commissaire de police, qui me fournirent tous les renseignements nécessaires, en se mettant à mon entière disposition.

Il se présentait devant nous des difficultés de deux natures ; les premières résultant de l’état des chemins, qui sont presque impraticables à cette époque de l’année ; les secondes de la résistance plus ou moins brutale des gens chez lesquels nous devions opérer et dont la réputation dans le pays forçait de prévoir certaines éventualités.

En conséquence, il fut décidé que Monsieur l’administrateur, qui, d’ailleurs, avait des instructions, m’accompagnerait, ainsi que M. le commissaire de police, mais que pour la circonstance et afin d’être en mesure d’agir avec énergie, le cas échéant, il y avait lieu de requérir la gendarmerie et de se faire escorter par quelques cavaliers de la commune mixte.

Le lendemain, six janvier, je partirais à midi avec mes deux inspecteurs pour Cavaignac où M. l’administrateur et M. le commissaire de police de Ténès, accompagnés par quatre gendarmes requis, deux cavaliers de la sûreté mis à ma disposition par Monsieur le sous-préfet d’Orléansville et trois cavaliers de la commune mixte, viendraient me rejoindre pour se mettre en route à trois heures du matin et munis des montures nécessaires pour effectuer le voyage.

Mais, ayant appris que M. Régnier avait l’habitude, la veille du marché, de venir coucher à Cavaignac dans la seule auberge où j’aurais pu m’arrêter pour attendre le reste de la caravane, je rebroussai chemin afin d’éviter tout risque de donner l’éveil aux intéressés.

J’ai lieu de me féliciter de cette décision car quelques heures plus tard nous étions informés que plusieurs membres de la famille Régnier, parmi lesquels un de ses frères, étaient arrivés à Cavaignac par le courrier, avec l’intention de se rendre à la propriété qui formait le but principal de notre visite.

Le sept, à Trois heures du matin, tout le monde était réuni sur la place de Cavaignac, sous une pluie battante et un vent des plus violents. Les montures qu’on avait pu se procurer étaient en mauvais état. Néanmoins, nous partions aussitôt, mais ce n’est qu’après une marche pénible et de nombreuses chutes de cavaliers que nous pûmes arriver vers dix heures du matin, en vue de la ferme Régnier.

Nous devançant de quelques minutes, M. Marel prévint le propriétaire de notre visite ; après avoir décliné nos qualités et fait connaître la mission dont nous étions chargé, nous procédâmes sur la champ à une perquisition minutieuse, mais qui devait rester sans résultat, car seul un almanach du Père Peinard de 1894 fut trouvé et saisi.

M. Régnier se montrait, du reste très courtois et nous ouvrait toutes les portes de son habitation.

Sur notre demande, il dit ne donner asile à aucun étranger, n’avoir chez lui aucun membre de sa famille, ni même, ajouta-t-il, Paul Reclus, surnommé le « Grand criminel » (sic).

Il est certain que nous n’avons vu dans la maison aucun étranger. Mais, selon nous, c’est chose des plus facile de cacher quelqu’un dans une exploitation d’une importance assez considérable pour occuper une cinquantaine de personnes, et dont les abords sont garnis de fourrés tels qu’on n’y pénètre qu’après de très grandes difficultés.

Interpellé sur la présence d’un sujet russe dans son établissement, M. Régnier fit appeler un individu qui se dit de nationalité bulgare, âgé de 30 ans, venu à Tarzout pour y apprendre la culture. Il déclara se nommer Cheitanoff.*

A ces premiers renseignements, M. Fournier, commissaire de police ajouta qu’il le reconnaissait pour avoir récemment passé quelques jours à Ténès, où il s’est fait appeler de différents noms dans un hôtel de la ville.

Interrogé de nouveau Cheitanoff dit être arrivé en Algérie depuis seulement une quinzaine de jours, et s’être présenté, en débarquant, à M. Nasimor, consul de Russie. Précédemment, il aurait résidé pendant plusieurs années à Paris, 29 rue des Gobelins et 25 rue Madame et, à l’appui de ses dires, il nous présente deux enveloppes de lettres dont chacune porte le nom de Cheitanoff, suivi de l’une des deux adresses ci-dessus.

Sur notre interpellation, cet individu déclare n’avoir pas fait, à son arrivée, la déclaration prescrite aux étrangers, parce que les consuls de Russie et de Bulgarie à Paris avaient refusé de le reconnaître, bien qu’il fut très connu à Péterbourg où il aurait été pendant six années employé des Télégraphes.

Notre intention était de faire recueillir des renseignements sur son compte, tout en le laissant en liberté.

Pendant ce temps, à un moment donné, nous avons aperçu dans une chambre située dans l’aile d’un bâtiment opposé à la maison dans laquelle nous nous trouvions, un anarchiste bien connu à Alger, Xixonnet, ouvrier tailleur.

Accompagné de M. Colonna, inspecteur de police, M. Fournier, commissaire de police, s’y était aussitôt rendu, mais déjà l’anarchiste avait disparu, et ces messieurs purent seulement saisir quelques pièces contenues dans le scellé n°1, annexé à notre procès-verbal.

Dans une chambre voisine occupée par le nommé Cheitanoff, nous avons saisi quelques pièces paraissant rédigées en langue russe et une carte de visite de Paul Reclus sur laquelle figurent l’adresse d’un compagnon de Marseille : Joyeuse, Be de la Mayor, celle du sieur Lemoine, rue de la Liberté à Mustapha, et enfin celle de Régnier, à Tarzout.

Les pièces saisies sont contenues dans le scellé n°2.

A ce moment, ayant aperçu Xixonnet qui tenait conversation avec un individu en face la forge, située à soixante mètres environ de l maison, nous nous y rendons aussitôt, accompagné de l’inspecteur Lerat. A notre arrivée, il avait de nouveau disparu, probablement pour aller se cacher dans la brousse et nous et nous trouvons seulement dans le local occupé par la forge le nommé Tracol Jean, âgé de vint ans environ, forgeron de la ferme Regnier, lequel, interpellé par nous, déclare être à l’exploitation depuis un an environ et habiter l’Algérie depuis 1887. Il ajoute que ses parents sont en France et qu’avant de venir à Tarzout, il demeurait à Ténès, chez son oncle, âgé de 72 ans.

Ce dernier est très connu pour ses opinions anarchistes, mais on le considère comme tout à fait inoffensif.

Nous procédons, dans le logement occupé près de la forge par le sieur Tracol à une perquisition qui nous permet de constater que cet individu est en communauté d’idées avec tous les membres de la colonie, et nous saisissons, à titre de renseignements un chier de chansons lui appartenant, et qui est contenu dans le scellé n°3.

Dans l’intervalle, M. Fournier procédait à des recherches dans la cantine tenue par le nommé Boisson, anarchiste avéré. Ce dernier se trouvant nous dit-on dans l’exploitation, la perquisition a eu lieu en présence de sa femme. Des lettres sans importance que nous examinons, démontrent seulement que Boisson est en relations avec tous les compagnons des environs.

Nous avons également constaté dans la ferme la présence d’un individu disant se nommer Cerdan, paraissant employé dans l’exploitation, mais sur lequel nous n’avons pas de renseignements.

Nous croyons devoir ajouter qu’à notre arrivée à la ferme Régnier, le propriétaire nous a déclaré qu’il s’attendait à notre visite, qu’il n’ignorait nullement la surveillance dont il est l’objet, mais que je pouvais chercher partout.

Il dit ne pas se cacher d’être anarchiste, et revendique le droit de professer telle théorie qui lui convient.

L’habitation qu’il occupe est assez luxueuse et on y respire l’aisance. Les appartements sont vastes, fort bien meublés et tenus d’une manière irréprochable.

Pendant toute la durée des recherches, l’attitude de M. Régnier était celle d’un homme absolument sûr de lui.

Vers midi, nous avons quitté l’exploitation Régnier pour nous diriger vers la ferme d’André Reclus.

Après une demi-heure de marche, nous nous sommes arrêtés pour prendre quelque nourriture, et, nous étant remis en route, nous avons pu arriver à deux heures à la ferme d’André Reclus.

Pendant cette dernière partie du trajet, un cavalier de la sûreté avait appelé notre attention sur un certain nombre d’individus vêtus de rouge et qu’en raison de leur éloignement, nous avions pris pour des spahis en tournée dans ces parages.

A notre arrivée, nous avons fait connaître nos qualités et la mission qui nous était confiée.

Tout en protestant contre la mesure vexatoire dont il était l’objet, encouragé d’ailleurs dans cette attitude par un sieur Lopez, qui se tenait à ses côtés, André Reclus a cependant mis, dans notre accueil, une certaine politesse.

Au cours de la perquisition, nous avons saisi un traité de chimie de Langlebert, sur lequel, à la page 464, la formule qui représente l’acide picrique a été soulignée par une accolade. Interpellé à ce sujet, Reclus a déclaré que ce livre était la propriété d’un de ses cousins, qui avait dû faire la marque en question un jour de « colle » ou d’examen.

Deux notes et une enveloppe intercalées à la même page ont été également saisies ; elles sont placées sous le scellé n°

A ce moment, nous venions d’être prévenus qu’un groupe d’individus habillés de rouge, et dont quelques uns étaient armés de matraques, s’avançaient vers le lieu où nous nous trouvions, portant en tête un drapeau rouge.

Les voyant arriver, M. Marcel administrateur, était allé à leur rencontre pour les engager à se retirer ; ils n’ont tenu aucun compte de ses observations et l’un d’eaux, nommé Boisson, a pénétré dans le gourbi où nous nous trouvions, et a pris aussitôt une attitude provocante. Nous lui avons conseillé de sortir. Se voyant soutenus, Reclus et Lopez ont élevé la voix, et le premier a déclaré qu’il était maître chez lui et ne voyait pas de quel droit nous nous occupions de la présence dans sa demeure de son ami Boisson.

Devant l’attitude de ces trois hommes, étant sortis du gourbi, nous nous sommes trouvés en présence de Cheitanoff, Xixonnet et autres, qui avaient pris également un air menaçant. Ayant répondu par un refus formel à une nouvelle invitation à se disperser, nous avons donné l’ordre au maréchal des logis commandant l’escorte, de les mettre en état d’arrestation.

Tous ces individus paraissaient très surexcités. Plusieurs d’entre eux portaient des chemises rouges, les autres s’étaient enveloppés de ceintures très longue de même couleur qui leur couvraient toute la partie supérieure du corps.

Nous avons saisi le drapeau rouge et deux matraques qui seront déposées comme pièces à conviction au greffe du tribunal d’Orléansville.

Puis nous avons continué notre route, emmenant les individus arrêtés : Boisson Emile, Lopez Antoine, Lortal Jean-Baptiste, Cheitanoff Jean, Xixonnet Jules, Tracol Laurent et Menouar ben el Aroussi et nous dirigeant vers la ferme de Targe, où nous sommes arrivés à quatre heure et demie. Là, nous avons fait conduire les prisonniers à une maison forestière située à quelques distance, pendant que nous procédions, dans la demeure du sieur Targe François, à une perquisition demeurée sans résultat.

A l’annonce de nos qualités, cet individu s’est montré arrogant et insolent, et nous a même interpellés sur l’arrestation de ses camarades qu’il venait de voir passer. Nous l’avons prévenu que nous le ferions immédiatement appréhender s’il ne changeait pas d’attitude. C’est le seul incident qui a signalé cette opération.

Peu après, nous sommes partis pour la ferme Francastel, où, seule une nommée Hamed Louise, femme Clavert Ali, était présente. Elle nous a déclaré que le propriétaire qui, tout récemment, avait fait un voyage en France, s’était de nouveau absenté depuis quelques jours, et qu’elle n’avait pas les clefs de son habitation.

Par suite, nous nous sommes retirés sans faire aucune recherche, et nous sommes rendus à la maison du compagnon Cotinaud Léonce, âgé de Trente ans, chez lequel la perquisition opérée permet de saisir un certain nombre de lettres émanant de sa sœur et de plusieurs anarchistes.

Cette correspondance, renfermée dans le scellé n° établit d’une manière irréfutable les relations de cet individu avec les groupes de son parti ; elle fait ressortir que le nommé Lopez, cité ailleurs, est lié avec l’anarchiste Llobera, considéré à Alger comme un des adeptes les plus dangereux, et enfin elle démontre les rapports de Régnier avec tous ces partisans de l’anarchie.

Chez Cotinaud se trouvait un nommé Bruzac Joseph Maru, disant être né à Melgréau, de feu Emmanuel et de Marie Isabelle Lepoquet, être célibataire et exercer la profession de ferblantier. Date de naissance 18 juillet 1850.

Il ajoute qu’il habite chez Cotinaud depuis quelques mois, et travaille actuellement à la culture.

Cette dernière opération terminée, nous nous sommes rendus à la maison forestière pour y passer la nuit. Quelques instants après notre arrivée, vers sept heures, le sieur Reclus s’est présenté pour nous réclamer la mise en liberté de Lopez, que nous lui avons refusée. De concert avec Targe et Cotinaud, il nous a alors demandé l’autorisation de passer des aliments aux individus arrêtés. Nous y avons consenti, tout en leur interdisant de communiquer entre eux.

Les prisonniers, sous la garde de la gendarmerie, ont passé la nuit dans un grenier de la maison forestière.

Le départ, pour rentrer à Ténès a eu lieu le lendemain, huit janvier à sept heures du matin. En quittant l’Ouled Bouffrid, au moment où les prisonniers se trouvaient à hauteur de l’habitation de Cotinaud, nous avons aperçu devant la maison deux hommes vêtus de rouge, que la distance ne nous a pas permis de reconnaître.

Plus tard, devant le ferme Régnier, ce dernier, en compagnie d’André Reclus, a serré au passage la main des compagnons arrêtés. En leur disant adieu, Reclus s’est écrié : « Vive l’anarchie ! ».

Nous avons fait mettre en liberté quelques instants après les nommés Tracol et Menouar ben el Aroussi, dont la conduite dans les événements de la veille, n’avait été que peu répréhensible.

Ce sont là les seuls incidents qui ont marqué notre retour, et à cinq heures du soir, nous étions à Ténès. Dès notre arrivée, nous nous sommes rendus au domicile du sieur Gille, situé dans une maison meublée de la rue d’Orléansville. Cet individu ayant déclaré qu’il n’avait pas la clef de sa chambre, nous l’avons fait ouvrir par le nommé Teston Louis, serrurier, mais les recherches opérées n’ont donné aucun résultat.

Sur Interpellation, Gille dit n’avoir aucun papier pouvant justifier de son identité. Il déclare que son père, professeur de pharmacologie à Bruxelles, 58 Boulevard d’Anderlecht, lui ferait mensuellement une pension de cent cinquante francs.

Gille aurait été pendant trois mois à l’école de Rouiba à la fin de l’année 1892. Il habiterait Tarzout, chez le sieur Régnier, depuis quelque temps déjà, et serait venu à Ténès pour faire soigner une maîtresse avec laquelle il vit depuis assez longtemps et qui, parait-il, est gravement malade.

Dans une chambre de la même maison occupée par Francastel, nous avons également procédé à une perquisition infructueuse. Toutefois, elle nous a fait connaître que cet individu a antérieurement résidé à Alger, 39 rue Mogador et lui-même nous a déclaré que son père habite actuellement Paris, 113 boulevard Haussmann.

Francastel est venu s’établir à l’Oued Bouffrid, il y a sept ou huit ans. Il revient de France en ce moment, et il serait question de son départ définitif.

Les individus arrêtés ayant été, dès notre arrivée à Ténès, déposés à la chambre de sûreté de la gendarmerie, nous avons fait prendre leur état civil qu’ils ont indiqué ainsi qu’il suit :

Boisson Emile, 27 ans, jardinier, né le 30 avril 1867 à Saint Pierre d’Abigny (Savoie), fils de Jean Pierre et de Louise Blanc Bocconi, lettré, se dit non repris de justice. Est marié à la nommée Louise Laville et père d’un enfant.

Lopez Antoine, 23 ans, né le 17 janvier 1871 à Gestalgare, province de Valence (Espagne). Fils de feu François et de feu Estanilas Rodriguo, célibataire, se dit non repris de justice. Déserteur de l’armée espagnole.

Lortal Jean Baptiste, 22 ans, cultivateur, né le 24 août 1871 à Vabré (Aveyron), fils de Auguste et de Rosalie Mazin, lettré, se dit non repris de justice.

Cheitanoff Jean, 30 ans, télégraphiste, né le 14 octobre 1863 à Lovicha (Bulgarie), fils de feu Costa et de Penca, célibataire, lettré, se dit non repris de justice.

Xixonnet Jules Joseph François, 35 ans, tailleur d’habits, né le 7 janvier 1859 à Tolequen (Pyrénées Orientales), fils de feu Joseph et de feu Elisabeth Marti, célibataire.

Nous avons dressé un procès-verbal sommaire de leur arrestation, et les avons mis à la disposition de Monsieur le procureur de la république sous l’inculpation d’outrages à magistrat, d’attroupement et rébellion armée, et, le cas échéant, d’association de malfaiteurs.

Tous les objets saisis seront déposés au greffe pour servir de pièces à conviction.

Je ne sais quelle suite sera donnée à cette affaire, mais, il me paraît indispensable que les nommés Cheitanoff et Lopez, sujets étrangers, soient détenus administrativement, pour qu’il soit recueilli sur leur compte tous les renseignements utiles et qu’un arrêté d’expulsion soit pris à leur égard.

Il serait très intéressant que ces individus soient dirigés sur Alger, afin que je puisse les faire photographier.

Au cours de l’expédition qui vient d’avoir lieu, il résulte de renseignements qui m’ont été fournis que M. le suppléant du juge de paix de Ténès et l’interprète judiciaire M. Gigoire, adjoint au maire de la ville, entretiendraient des relations assez suivies avec Régnier, et principalement Reclus.

L’honorabilité du suppléant du juge de paix ne me semble pas devoir être mise en doute, mais peut-être serait-il utile de lui faire comprendre par la voie de ses chefs hiérarchiques, que ses fonctions l’obligent à une certaine réserve vis à vis d’individus tels que ceux dont il est parlé ci-dessus.

Quant au sieur Grégoire, ses relations avec ces gens me paraissent plus douteuses, et, récemment, il a présenté à M. le commissaire de police de Ténès le nommé Gille comme étant un étranger de sa connaissance et ses amis, arrivé depuis peu dans la contrée, alors qu’il savait très bien que cet individu habitait depuis fort longtemps déjà, la colonie Régnier.

Dans ces circonstances, la confiance que l’on peut accorder à cet interprète judiciaire me paraît devoir être très limitée.

Alger le 13 janvier 1894

Le commissaire central

*orthographié Scheitanoff dans le document

SOURCE :  Arch. Nat. F/7/12509