NICE. — Provocations policières.

Nul n’ignore qu’il faut avoir, pour exercer la dégoûtante besogne de mouchard, une dose extraordinaire de crapulerie; aussi les policiers ne manquent-ils jamais une occasion pour confirmer la conviction que l’on s’est faite sur eux.

Un de nos amis ayant loué un local où il reçoit quelquefois la visite de ses amis, cela ne fut pas du
goût des a gents de la sûreté R. et R. qui durent voir dans ces visites quelque étrange complot. Aussi imaginèrent-ils la crapulerie suivante :

Ils racolèrent une vingtaine d’individus et leur tinrent à peu près ce langage : « Vous tâcherez par
n’importe quel moyen de pénétrer dans le local où se réunissent ces jeunes gens, et là vous chercherez querelle, ce qui amènera forcément notre intervention ; quant à vous autres, vous n’aurez rien à craindre, toute la responsabilité retombera sur eux. »

En effet, lundi dernier; une bande d’individus rôda autour de notre salle, mais n’osa mettre ses
projets à exécution ; les ayant vus le lendemain soir et questionnés, ils avouèrent la tentative d’embauchage dont ils avaient été l’objet et nous promirent même de témoigner devant la justice, si cela était notre désir.

Nous ne sommes pas disposés à avoir un contact quelconque avec la justice, mais qu’ils sachent que nous saurons nous faire respecter et que nous n’hésiterons pas à casser la tête au premier qui
s’avisera de violer notre domicile, et d’autant plus volontiers si c’est un mouchard.
En tous cas, nous saurons sur qui faire retomber la responsabilité.

José.

Les Temps nouveaux 12 août 1899

LA POLICE.

Depuis vingt-cinq ans, le camarade Millo habite Nice, où il est établi petit patron.

Comme il ne fait nul mystère de ses opinions révolutionnaires et qu’il jouit de la sympathie et de
l’estime de ceux qui le connaissent, la police le hait.

Aussi a-t-elle résolu de le perdre. En conséquence, un complot policier fut organisé.

Une dame Renault avait été victime d’un vol de la part d’un jeune homme qu’elle ne connaissait pas.
La police s’empressa d’accuser le fils de Millo de ce vol. Celui-ci fut maintenu en prévention pendant cinquante-quatre jours, bien qu’il pût fournir un alibi. Le juge, d’ailleurs, complice de la police, comme ils le sont toujours, refusa d’entendre les témoins à décharge et fit son possible pour qu’ils ne fussent pas entendus à l’audience. Malgré cela, Millo fut acquitté.

Les Temps nouveaux 16 mars 1901
LES PRISONS.

Nous parlions, l’autre semaine, du complot policier tramé contre le fils du camarade

Milo, à Nice. Pendant son séjour à la prison de Nice, Emile Milo fut martyrisé par les gardiens, qui, du reste, sont coutumiers du fait. Toutes les nuits, affirme-t-on, dans la prison on entend des hurlements
et des gémissements s’élever des cellules. Dernièrement, un vieillard de soixante-quinze ans fut
frappé de coups de bâton et subit de tels traitements qu’il en faillit mourir.

C’est ainsi qu’on moralise les « malfaiteurs ».

ANDRÉ GIRARD.

Les Temps nouveaux 23 mars 1901