Les anarchistes Carossi Michel, sa femme Chianacci Magenta et Danelli Santino demeuraient 17 rue des Ponchettes à Nice.

Cour d’appel d’Aix                                                 Aix le 23 décembre 1893

Direction des affaires criminelles

1er bureau

Nice

Le nombre des individus notoirement connus à Nice comme faisant profession de sentiments anarchistes est de 59.

Ce chiffre n’est évidemment pas limitatif, car, première étape pour tous ceux qui nous viennent d’Italie, Nice reçoit chaque jour la visite de compagnons étrangers.

Les individus qui professent des doctrines anarchistes sont en effet pour la plupart d’origine italienne.

Il faut reconnaître, cependant, que le principal meneur d’anarchie à Nice est un nommé Zibelin, horloger, demeurant 11 rue de France, né à Lausanne de parents français.

A côté de Zibelin, figure un autre français, l’anarchiste Guigonis, qu’on doit considérer comme un des agents les plus actifs. Il est pour l’Italie le correspondant des groupes italiens, qui résident en France.

Bocchi Roméo, sujet italien, dont j’ai vainement sollicité l’expulsion il y a 18 mois à la suite d’une information ouverte contre lui, pour participation à une association de malfaiteurs, mais qui a bénéficié d’une ordonnance de non-lieu faute de preuves suffisantes, est également un homme très dangereux. Il est plus particulièrement en correspondance avec les groupes anarchistes d’Espagne.

Je crois devoir signaler en outre et tout particulièrement à l’attention du gouvernement, les cinq italiens dont les noms suivent :

Spagnolo Victor

Barsotti Joachim

Benedetti Martin

Terru Jean Gabriel

Uccelli Artemisio

Les notices spéciales que j’ai rédigées et que j’annexe au présent rapport, vous donneront des renseignements précis sur ces individus, ainsi que sur tous leurs compagnons résidant en ce moment à Nice, sur leurs antécédents et leurs agissements.

Des réunions assez fréquentes ont lieu tantôt chez l’un, tantôt chez l’autre, toujours par petits groupes.

En dehors des adhérents qui y sont domiciliés, Nice, par suite du voisinage de la frontière, reçoit continuellement, je le répète, la visite d’anarchistes venant d’Italie. Les uns cherchent dans cette ville un asile momentané, d’autres y apportent le mot d’ordre des compagnons d’outre-monts.

Tel était le cas du nommé Papini Romualdo en ce moment détenu à ma requête sous l’inculpation d’association de malfaiteurs de concert avec ses compatriotes les époux Carossi et du nommé Lanelli. Ces individus ont fait l’objet d’un rapport spécial de mon parquet.

Papini, est un véritable voyageur en anarchie dont il propage les doctrines dans les villes du littoral méditerranéen. Toujours porteur de journaux et de brochures révolutionnaires, qu’il distribue un peu partout, rédacteur du journal L’Ordine qui se publie à Turin, il jouit d’une véritable influence dans le monde des anarchistes.

Antérieurement, j’avais à signaler à l’autorité administrative les agissements suspects des nommés Piolli Robert, celui sur lequel j’ai eu l’honneur d’appeler votre attention à l’occasion de l’attentat de Barcelone ; Faglia Joseph et Cosani Georges, tous trois anarchistes italiens, qui sur la proposition de M. Le préfet des Alpes-Maritimes ont été expulsés par arrêté ministériel du 14 juin 1892.

La présence à Nice de nombreux anarchistes y résidant soit d’une façon continue, soit momentanément, exigerait une surveillance toute spéciale, fort difficile, impossible même en l’état actuel des moyens dont nous disposons.

Dans les autres villes de l’arrondissement de Nice, même à Menton, on ne compte aucun adhérent connu.

Grasse

On compte à Grasse et à Cannes quelques individus presque tous étrangers qui sont désignés comme anarchistes bien qu’ils ne se soient révélés par aucun acte de propagande ostensible. Ceux de Grasse se disent socialistes et répudient les attentats qui se sont produits récemment. Ils sont d’ailleurs sans organisation, sans intelligence et sans talent. Il en existe quelques uns à Cannes qui seraient capables le cas échéant d’obéir à une direction occulte qui ne s’est pas manifestée jusqu’à ce jour. Tous d’ailleurs travaillent régulièrement. Ils se sont abstenus de faire étalage de sentiments politiques révolutionnaires capables de les classer parmi les malfaiteurs dangereux.

Ces individus sont l’objet d’une surveillance étroite et spéciale et j’aurai soin de vous renseigner d’urgence si l’on faisait à leur égard des constatations dignes d’intérêt.

Il n’existe dans les autres cantons aucun individu susceptible d’être désigné comme anarchiste.

Parquet de Nice

Etat des anarchistes domiciliés à Nice

Allegretti Roberto, maison Astrando quartier du Ray, fondeur

Ascensi Adrien, cordonnier, 20 rue Barillerie

Barsotti Alfred, ébéniste, 8 boulevard de l’Impératrice de Russie

Barsotti Joachim, ébéniste, même adresse

Barsotti Minto, idem

Bellegoni André, tailleur, 60 Boulevard Risso (?)

Bellonotto Vincent, menuisier, 7 rue Penchiematti

Benedetti Martin, marbrier, 37 rue de Villefranche

Bocchi Romeo, peintre, 2 rue Arson

Borghese Joseph, fondeur, quartier du Ray, maison Dalmasso (?)

Bortolozzi Jean, menuisier, 15 rue Cassini

Bramanti Alcide, dit Gattino, cocher, avenue des Fleurs, maison Ansso (?)

Carossi Michel, ébéniste, 17 rue des Ponchettes

Pasigliani Andaine (?), ébéniste, 11 rue Emmanuel Philibert

Cerru Jean Gabriel, serrurier, 60 boulevard Ripo

Chianacci Magenta, femme Carossi, 17 des Ponchettes

Danelli Santino, ferblantier, 17 rue des Ponchettes

Danesi Attilio, terrassier, 6 chemin de la Fontaine de la Ville

Delcarso Pellegrino, journalier, 5 même rue

Ferraris Jean, peintre, 10 rue Barrillerie

Filidei Pierre, dit Pinetto, menuisier, 49 rue de Villefranche

Galeotti Benoit, marbrier, 12 rue Emmanuel Philibert

Galli Joseph Augustin, peintre, 6 boulevard de l’Impératrice de Russie

Guigonis François, menuisier, 1 rue Emmanuel Philibert

Innocenti Arthur, ferblantier, 16 même rue

Lazzati Stefano, marbrier, 10 rue de Paris

Lenzi Garibaldi, dit Guiseppe, ébéniste, place Rispo (?) aux mansardes

Marabotti Louis, menuisier, 6 boulevard de l’Impératrice de Russie

Matteoda Auguste Constant, colporteur de journaux, 8 rue d’Alger

Menichetti Alexandre, ébéniste, quartier de Bignier (?)

Merle Pierre Joseph, cultivateur, 1 rue Augustin

Minasso Jean Joseph, marbrier (?), 2 rue Arson

Novelli Olindo, charbonnier, 13 rue Bavastro

Orfalain Pascal, gazier, 7 rue Assalit

Paci Joseph, marbrier, 20 rue de (?)

Pacinotti Archimède, ébéniste, 28 rue Ségura

Papini Ugo, dit Cino, sculpteur, 11 rue Emmanuel Philibert

Papini Ronnaldo, ajusteur vélocipédiste, 2 rue Arson

Perotti Jean Arsène Marie, chapelier, 8 rue Valperga

Pinori Emile, menuisier, 16 rue Victor

Romoti Lodovico, ébéniste, rue Trachel, maison Bensa

Rossi Achille Oreste, marbrier, 10 rue Reine Jeanne

Rossi Joachim, marbrier, 8 même rue

Rosso Joseph, zingueur, 3 rue du Jésus

Rotersi Cléante, ébéniste, 5 rue Saint (?)

Sartorelli Joseph, sculpteur, 8 rue Reine Jeanne

Talechi Giovanni, typographe, 9 rue Paganini

Ther Armand, colporteur de journaux, 9 rue du Statut

Uccelli Artermiso, gaziste, 22 place Croix de marbre

Ugo Joseph, menuisier, 31 rue de Villefranche

Vignoti Emmanuel, 2 rue Arson, concierge cordonnier

Zibelin Clément Albert, horloger, 11 rue de France.

Au parquet à Nice le 20 décembre 1893.

Le Procureur de la république

SOURCE : Arch. Nat. BB 18 6449