Une perquisition eut lieu chez Xixonnet au 30 de la rue Rovigo.

Préfecture d’Alger                                                           Alger le 27 avril 1892

1er bureau

n°8204

Sûreté générale

Anarchistes

Monsieur le président du conseil

Ministre de l’intérieur

J’ai l’honneur de vous rendre compte qu’en vertu d’instructions données par M. le procureur de la république à Alger, des perquisitions ont été opérées le 16 avril courant, à 4 heures ½ du matin, chez les anarchistes ci-après désignés :

Xixonnet demeurant 30 rue Rovigo. Des publications et écrits anarchistes, parmi lesquels plusieurs indiquaient des recettes pour la fabrication d’explosifs, ont été saisis. Une boule creuse en fer, percée aux deux extrémités, pesant 1 kilo 500 et une forte pince en fer, neuve, ont été trouvées dissimulées sous des chiffons. Xixonnet a prétendu qu’elles ne lui appartenaient point. Après interrogatoire il a été laissé en liberté par M. le juge d’instruction.

Parik, demeurant 10 rue des Consuls. Les perquisitions n’ont donné aucun résultat.

Faure, demeurant à Mustapha. Cet anarchiste a été arrêté ainsi que ses trois ouvriers les nommés Camboulives, Rieger et Reissner, mais ces deux derniers, sujets allemands, ont été maintenus en état d’arrestation par l’autorité judiciaire.

Rieger (Paul) et Reissner (Ernest) étaient depuis peu à Alger. Dès leur arrivée dans cette ville, ils se sont rendus chez le nommé Lemoine, chef de groupe anarchiste, lequel prend le titre « d’ancien combattant de la Commune du Creusot ». Celui-ci les conduisit le jour même chez le nommé Auriol et ces quatre individus se rendirent chez Faure, directeur du journal Le Libertaire, feuille contenant des excitations à la révolte contre le gouvernement et la société. Faure leur procura un logement dans la maison qu’il habite et déclara répondre du prix du loyer.

Ces deux étrangers n’ont cessé, depuis leur arrivée d’être en relations avec les anarchistes. Leur présence a été constatée dans un groupe qui devait tenir une réunion clandestine le 16, laquelle n’a pas pu avoir lieu, le propriétaire ayant refusé de continuer à les recevoir.

Rieger et Reissner ont été écroués à la prison civile par l’autorité judiciaire sous la double inculpation de complot contre la sûreté de l’État et infraction au décret du 21 juin 1890, obligeant les étrangers à faire une déclaration, lors de leur arrivée en Algérie. Par application de l’article 5 de ce décret, M. le gouverneur général, a prononcé, sur ma proposition et sur la demande de l’autorité judiciaire, leur expulsion du territoire français et ils seront embarqués aujourd’hui à destination de Marseille.

Blanc (Pline), ouvrier aide-chimiste aux ateliers de la Compagnie PLM, a été arrêté le 18. Était signalé comme ayant voulu faire confectionner un engin destiné, d’après lui, à servir d’appareil à distiller, mais ayant toute l’apparence d’un engin devant servir à produire une explosion. Lors de son arrestation, il a nié ce fait, mais l’original du dessin de l’engin remis par lui à un ouvrier lui ayant été représenté, il a renoncé à son système de défense. Son arrestation a été provisoirement maintenue.

Le préfet

Source : Archives nationales F7 12507