Document Éphéméride anarchiste.

Né le 18 novembre 1865 à Armentières (Nord). Ouvrier tisseur. Anarchiste d’ Armentières (Nord), de Lille (Nord), de Reims (Marne) et de Liège (Belgique).

Jean Ingelaère se maria le 10 mai 1890 à Vierviers (Belgique) avec Marie Barbe Fils, tisseuse, le couple habita tout d’abord dans cette ville, puis vint ensuite à Armentières, au Rond Point, en 1892.
En 1882, Jean Ingelaère était chargé de la correspondance du groupe anarchiste Les Révoltés de Lille, il demeurait alors 6 rue Constantin. Le 2 novembre 1882, il écrivit à Bourdon, gérant de L’Etendard révolutionnaire, pour lui annoncer la constitution du groupe et l’assurer de sa solidarité face à la magistrature, il poursuivait ainsi : « Oui, compagnons, frappez, frappez encore et toujours, contre cette bourgeoisie odieuse qui nous exploite et nous opprime. Jetez donc partout l’esprit de Révolte. Les anarchistes lillois feront tous leurs efforts pour vous aider dans cette lutte. »
Le 24 février 1884, lors du carnaval d’Armentières, un client d’un cabaret avait menacé le patron de faire sauter son établissement et les patrons à la dynamite ; lorsque ce patron avait voulu expulser le client, une quinzaine de personnes masquées et costumées étaient entrées dans le cabaret en disant au client « Ne sors pas, on va lui faire son affaire, Vive l’anarchie, vive la révolution sociale !  ».
Wable, le patron de l’établissement refusa de les servir, tous les carreaux de la devanture furent brisés. Dans la bagarre qui s’en était suivi : Stanislas Dessin, peigneur avait reçu un coup de poignard dans le bas ventre, L. Quesque, portefaix avait eu la cuisse droite traversée de plusieurs coups de couteau, E. Dubar, journalier avait reçu un coup de couteau au côté droit de la poitrine, A. Stuckmann, journalier, avait reçu un coup de poignard à l’épaule et Rudant, tisseur, un coup de ciseau par une femme qui accompagnait le groupe. Léon Ingelaère, le frère de Jean, fut arrêté immédiatement et le lendemain, ce fut au tour de Vincent Nocq, secrétaire du groupe Terre et indépendance d’Armentières, correspondant de l’Hydre anarchiste; J. Broch, tisseur, ancien agent de police à Lille, Jean Ingelaère, C. Aubin, A. et T. Dubreux, J. Houvenaeghel et Sonnelle
Jean Ingelaere, semble-t-il pris de boisson, et Janssens avaient blessé mortellement deux des victimes.
Il fut écroué le 27 à la prison de Loos.
Fin mai 1884, Jean Ingelaere et François Janssens comparurent devant la Cour d’assises de Douai. Bénéficiant de circonstances atténuantes, ils furent condamnés à 2 ans de prison.

En 1886, il fit partie du groupe communiste anarchiste d’Armentières rebaptisé Les Indomptables, après s’être nommé Terre et Indépendance puis les Insurgés.
En mai 1888, après avoir pris la défense d’un citoyen malmené par la police, sur la Grand place de Roubaix. Il ameuta la foule en criant : « La société n’est qu’une barbarie, il ne reste plus qu’aux travailleurs de changer les choses ». Il fut arrêté et conduit au poste, pour insultes à la police et condamné à Roubaix à 40 jours de prison.
En 1893 Ingelaère, né de parents belges, qui avait fait son service militaire à Lille, était à Reims où il fréquentait les anarchistes et notamment Hiverlet et Leprêtre. Il était qualifié « d’anarchiste dangereux et violent ». Fin mai 1893, alors qu’il était recherché par la gendarmerie pour effectuer une période militaire, il quittait Reims pour aller à Verviers en Belgique.
Le 21 mai 1893, à Liège, Jean Ingelaère, proche de Moineau, cria des insultes au prince Albert, en visite dans cette ville. Trouvé sans un sou en poche, dénué de moyens d’existence, la justice belge le condamna à 2 ans de réclusion dans un dépôt de mendicité.
En janvier 1895, lui et sa femme partirent pour Roubaix.
Signalé comme disparu de Watrelos (Pas de Calais), il travaillait en 1906 dans une fabrique de bretelles de Chauconnin (Seine et Marne) où il n’était l’objet d’aucune remarque défavorable.
Il divorça en 1907. En 1913, Ingelère demeurait 112 rue d’Erquighem à Armentières.
Après la guerre, il partit pour l’Amérique, où il fut repéré, inquiété et emprisonné, parce que militant anarchiste. Rapatrié en 1924, il fut de nouveau inquiété et enfermé à l’asile d’Esquermes sur signalement du maire et du commissaire de police. Il avait réclamé au gouvernement américain une indemnité pour le préjudice qui lui avait été causé durant son séjour outre-Atlantique.

Sources : Arch. Dép. Marne 30M107 – Arch. Dép. du Rhône – 2 U 433 – Arch. Dép. Seine et Marne M 4079 – Journal des débats, 18 mai 1884 – La Presse, 21 mai 1884 – Le Matin, 18 mai 1884 – La Croix, 26 mai 1893 – Le Temps 28 février 1884 – La Révolte, année 1888 – L’Idée ouvrière 2 juin 1888 – La Revue anarchiste avril 1930 – Gazette d’Armentières 6 avril 1897 – Chroniques des archives municipales d’Armentières : n° 134 sept-oct 2009, n° 135 nov-déc 2009, n°140 sept-oct 2010. – Notes Rolf Dupuy.