Né le 14 juillet 1883 à Tauves (Puy-de-Dôme) ; garçon limonadier, camelot ; anarchiste antimilitariste, illégaliste parisien.

 

Le 5 mai 1907, Jean Molinier posa, pour la forme, sa candidature à l’élection municipale complémentaire du quartier Saint-Gervais et signa les affiches anarchistes apposées, pour engager les électeurs à ne pas voter. Il organisa avec d’autres anarchistes plusieurs réunions abstentionnistes.
En mai 1907, il était un des signataires de l’affiche Aux soldats.
En Août 1907, il signa l’affiche antimilitariste Aux crimes, répondons par la révolte (voir Eugène Moucheboeuf), dont voici le texte :
Après les nombreuses assommades, arrestations, poursuites, condamnations de militants ouvriers à travers toute ta France ; après les tueries de Nantes et de Narbonne, la police vient a nouveau de sauver l’ordre bourgeois en faisant couler le sang ouvrier.
Devons-nous, en réponse a de tels crimes, rééditer les lieux communs de flétrissure ou de blâme a l’égard du gouvernement d’assassins !
A quoi bon ? Les ministres sont dans leur rôle en peuplant de nos amis les prisons républicaines. Les policiers ne font que remplir leurs fonctions lorsqu’ils assomment et assassinent.
A nous de nous défendre.
A la force, opposons la force. A la violence, répondons par la violence !
Aux travailleurs, on opposera les travailleurs revêtus de l’uniforme.
Soldats, vous refuserez de servir les policiers !
Vous vous souviendrez que la cause que nous défendons est la votre, celle de tous les opprimés.
Soldats, vous refuserez de tirer sur vos frères révoltés !
Comme vos camarades du 17e de ligne, vous vous insurgerez contre les chefs assassins !
L’exemple des soldats de Béziers vous sera utile. Ils ont commis une faute que vous ne renouvellerez pas.
Les soldats du 17e désarmés par les conseils et les promesses des politiciens ont été envoyés sous le soleil meurtrier d’Afrique.
Vous n’écouterez pas les endormeurs !
Si l’on fait appel a vos fusils pour nous combattre, vous ferez cause commune avec vos frères révolutionnaires.
Et au lieu de rendre les armes, vous vous servirez de vos cartouches contre les affameurs et les assassins qui nous gouvernent et qui vous commandent et vous les fusillerez sans pitié !

Poursuivi sous l’inculpation d’excitation des soldats à la désobéissance et au meurtre de leurs chefs, il fut condamné le 14 septembre 1907, à 3 ans de prison et 100 francs d’amende, par la Cour d’assises de la Seine. Au cours des débats, il se fit remarquer par la violence de ses déclarations antimilitaristes où il était question de gouvernement d’assassins, de brutes galonnées de Narbonne, de Raon l’Etape, d’infamies à tous les degrés. Il purgea sa peine à Clairvaux. Début avril 1909, avec 3 autres détenus politiques, Durupt, Goldschild et Ruff, condamnés eux aussi pour antimilitarisme, s’attendant à une libération prochaine, grâce à la loi d’amnistie, adoptée par la chambre mais le sénat repoussa la discussion au 18 mai, de colère les quatre détenus brisèrent tout ce qui se trouvait sous leurs mains et se barricadèrent dans la salle du quartier politique, injuriant le sénat et chantant l’Internationale. Le poste militaire dut intervenir pour mettre un terme à leurs violences.
Molinier fut libéré le 19 juin 1909.
En août 1909, il fut inscrit au carnet B de la Seine, sa notice individuelle le classant comme anarchiste antimilitariste.
Molinier était déjà signalé à la Sûreté, comme se livrant à la fabrication de fausse monnaie avec d’autres anarchistes. Il fréquenta le siège du Libertaire et représentait la librairie anarchiste du Progrès. Au cours d’une perquisition chez lui, on trouva des lettres et des cartes signées Jean Goldsky, Yvetot, Georges Durupt, Emile Goulain (de l’AIA).
Au mois de septembre 1910, le sacristain de l’église de Thenay (Loir-et-Cher) constatait la disparition du tryptique inscrit sur le catalogue des Beaux-Arts sous le n° 137 et représentant, ouvert, l’adoration des Mages, la présentation au Temple et la naissance du Christ. Fermés, les deux panneaux laissaient voir des anges et des banderoles ornées d’inscriptions latines.
Il était estime 10,000 fr. L’enquête de la police amena en octobre 1910 l’arrestation de Marcel Simonin, vingt et un ans, menuisier, déjà condamne par la Cour d’assises du Loir-et-Cher à dix ans de travaux forcés comme faux-monnayeur. En janvier 1911, la Sûreté parisienne arrêtait Moulinier pour vol d’une automobile, à Lyon. Il s’était servi de cette voiture pour le cambriolage de l’église de Thenay.
Le véhucule avait été volée avec Bonnot et Marcel Simonin, et ensuite amené à Choisy chez Dubois.
Deux nouveaux complices les rejoignirent à la prison de Blois, Roccasi-Colomb, arrêté à Loos (Nord) pour vol, escroquerie et abus de confiance, et Kermabon, mécanicien, âgé de trente ans.
Dans cette affaire Molinier fut condamné à 8 ans de réclusion par la Cour d’assises du Loir et Cher. Il fut libéré le 20 octobre 1918, par suite de remise de peine et dirigé sur le dépôt de la 1ère section d’exclus à Clermont-Ferrand, où il resta jusqu’en mars 1919, date à laquelle il fut renvoyé dans ses foyers en congé illimité (5e échelon de démobilisation)
En juillet 1921, Molinier fut rayé du Carnet B de la préfecture du Puy de Dôme, étant disparu depuis plus de deux ans.

SOURCES : Arch. Nat. 19940462 art 449 — Journal des débats 14 septembre 1907, 9 avril 1909, 28 novembre 1911, 30 avril 1912.