Un groupe révolutionnaire-anarchiste qui vient de se constituer à Paris dans le XIe arrondissement vient d’adresser un appel aux travailleurs annonçant sa constitution sur les principes suivants :

1. Il n’est oint de réformes partielles, point d’améliorations provisoires, qui puissent être réellement efficaces. L’organisation bourgeoise formant, en effet, un mécanisme complet, dont tous les rouages se commandent et s’enchaînent, l’émancipation du prolétariat, dont cette organisation est faite pour consacrer et maintenir la servitude, suppose sa refonte totale, dans ses détails comme dans son ensemble.

2. Cette indispensable refonte, à laquelle est subordonné l’avènement de la justice sociale et de la liberté, ne peut s’accomplir que par la force insurrectionnelle mise au service des revendications populaires. L’histoire, au surplus, la science, l’observation des faits contemporains et jusqu’au plus élémentaire bon sens, nous attestent à la fois la légitimité et la nécessité de la force.

3. Tous les abus, sans exception, ont pour origine un principe autoritaire. L’œuvre révolutionnaire doit donc consister essentiellement dans la destruction de toute institution qui, contenant de près ou de loin, un germe quelconque d’autorité, attribuerait à un homme – ou à un groupe d’hommes – le droit de commander aux autres et le pouvoir matériel de s’en faire obéir.

Dans l’ordre politique : l’abolition de l’État, l’abolition de l’autorité gouvernementale et de ses annexes, quels que soient, par ailleurs, sa forme, son étiquette et ses détenteurs, et son remplacement par la libre fédération des producteurs libres, spontanément associés, – c’est à dire L’ANARCHIE.

Dans l’ordre économique, l’abolition de la propriété individuelle, l’abolition de l’autorité capitaliste, et la mise à la disposition de tous, de toute la richesse sociale, de telle façon que chacun, travaillant selon ses facultés, puisse librement consommer selon ses besoins, – c’est à dire le COMMUNISME.

Tel est le double but que nous nous proposons ! Et nous ne considérerons la révolution comme achevée, nous ne nous estimerons autorisés à désarmer que quand il aura été définitivement atteint : – quand il n’y aura plus de privilèges d’aucune sorte ; – quand la liberté absolue (dans l’égalité) aura été une bonne fois assise sur d’inébranlables bases, – quand justice aura été faite (et bien faite) non seulement des dirigeants de l’heure actuelle, mais encore de tous ceux qui rêveront jamais de recueillir tout ou partie de leur héritage.

Jusque là, nous croirons de notre devoir de rester sur la brèche, en état d’insurrection permanente contre toutes les usurpations présentes, futures, probables ou possibles.

4. Il est évident, dès lors, que nous ne pouvons accepter sous aucun prétexte, – pas même à titre de moyen d’agitation, – le recours au suffrage universel, si justement appelé, d’une part, « le plus grand commun diviseur de la classe ouvrière » ; de l’autre, « la plus grande mystification du XIXe siècle »

Le suffrage universel ne peut, en effet, qu’entretenir le préjugé de la possibilité de réformes partielles et pacifiques, en même temps qu’il aboutit à la reconstitution hypocrite d’une autorité nouvelle, sans garantie,contrôle, ni sanctions.

Puisque la révolution violente est notre seule voie de salut, nous n’avons, en dehors d’elle, ni temps, ni efforts à perdre. Tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nous le devons exclusivement consacrer à préparer cette révolution nécessaire, à lui rallier des soldats et à lui procurer des armes, à hâter, enfin, sa venue, et à multiplier ses chances de succès.

C’est un devoir de propagande et d’action auquel le groupe du XIe arrondissement fera en sorte de ne pas faillir.

Les citoyens qui partageraient les opinions ci-dessus exposées, et qui, dans le but de contribuer activement à leur propagation, désireraient faire partie du groupe anarchiste du XIe Arrondissement, sont invités à faire parvenir leurs adhésions à l’une des adresses suivantes :

CABOSSEL, tourneur, 98 rue de la Folie-Méricourt

THOMACHOT, tapissier, 243 rue Saint-Maur

LAROCQUE, chimiste, 68 rue du Chemin-Vert

HENON, chaisier, 13 cité Moynet

J. CARRE, cordonnier, 45 rue de l’Orillon

CLEMENT, 7 impasse Gaudelet

P. LEGRAND, ébéniste, 70 rue d’Angoulème

MEGE, fabricant de nécessaires, 70 rue d’Angoulème ;

Emile GAUTIER, publiciste, 48 avenue Parmentier ;

Charles THONARD, sculpteur, 221 boulevard Voltaire ;

BERNARD, serrurier, 21 rue de l’Orillon ;

CASTAIGNEDE, outilleur, 7 rue du Pont Louis-Philippe ;

BLANCHARD, négociant, 257 boulevard Voltaire ;

LEVEQUE, ciseleur, 23 rue Julien-Lacroix

TOUSSAINT marchand de vins, 144 rue Saint-Maur

NICAUD, ciseleur, 27 rue des Couronnes

Alphonse CLEMENT, bijoutier, 59 rue Montmartre

Louis BRECHEMIER, ébéniste, 2 passage Robineau

ASTULF, sellier, 52 rue des Gravilliers

J. CALLENSTEIN, plombier-zingueur, 9 rue Duris

BORE, charpentier, 37 rue Michel Bizot ; etc, etc…

Par les soins du Groupe, des Conférences contradictoires, – où chacun pourra venir librement discuter les idées anarchistes, demander ou donner, à ce propos, des explications, – seront organisées chaque mois sur un point quelconque de l’arrondissement.

Le Révolté du 30 septembre 1882