Né le 12 décembre 1880 à Besançon (Doubs). Décédé aux Iles du Salut le 21 novembre 1912. Journalier, anarchiste du Havre (Seine-Maritime). Bagnard.

Boulangier commença à voler à l’âge de 14 ans, il fut acquitté une fois et renvoyé en correction.

Il fut condamné le 1er décembre 1898 par la cour d’assises de Rouen à 2 ans de prison pour tentative de vol ; le 21 novembre 1901, par le même tribunal, à 3 ans de prison, pour tentative de vol et rébellion.

Il fit son service militaire dans les bataillons d’infanterie légère d’Afrique du 16 octobre 1904 au 5 septembre 1907.

Boulangier fut condamné le 10 février 1908, par la cour d’assises de Rouen, à 20 ans de travaux forcés et à la relégation, pour vols qualifiés. En quittant l’audience, il s’écria : « Mort aux vaches ! Mort au jury ! ».

Boulangier allait s’embarquer pour la Guyane quand le procureur de la république du Havre reçut de lui, une longue lettre dans laquelle il s’accusait de nombreux délits.

Une nouvelle information fut ouverte à propos de ses aveux : le 30 septembre 1907, vers onze heures du soir, il aurait donné un coup de couteau à M. Pontel, pontier au Havre et lui aurait volé une chaîne ; le 14 octobre, à minuit, il aurait donné deux coups de couteau à Jean-Marie Pape et lui aurait volé 15 francs 50, Pape mourut le lendemain ; vers la fin octobre, il aurait dévalisé M. Millet à Sanvic, avec des complices inconnus et après avoir frappé la victime, il aurait mis dans sa poche les 700 francs que portait sa victime ; le 1er novembre, à dix heures et demie, il aurait frappé M. Portal, valet de chambre, pour le voler mais Portal cria et l’agresseur fut mis en fuite ; le 5 novembre, il aurait arraché le sac de Mme Carrette, contenant 20 francs ; le 9 novembre, il serait tombé sur le dos de M. Duchemin et avec l’aide de complices, lui aurait pris son porte-monnaie contenant 31,50 francs.

Quand l’instruction fut terminée Boulangier changea d’attitude :

« Ca m’ennuyait, d’aller à la Guyane, je voulais prolonger mon séjour en France et je ne voyais de moyen de rester au Havre qu’en m’attribuant la responsabilité des crimes cotés par l’accusation, sans compter qu’avec un peu de temps, je pouvais avoir l’occasion de m’évader ; maintenant que mon but est atteint, je reviens sur mes aveux. Je n’ai commis aucun crime. Je les ai sus par les journaux ou des co-détenus, par ceux-mêmes qui les ont commis ; bien entendu, je ne dirai pas leur nom ».

Boulangier n’était pas toujours aussi courtois avec les autorités judiciaires, un autre jour, il écrivit au procureur de la république :

« Permettez-moi, cher potence, de rappeler à votre Majesté que … tout ce que j’en dis, c’est pour tuer le temps, ne pouvant, en ce moment, tuer que ça. Je vous serre la main de tout cœur, cher potence ; je vous serrerais le cou, de meilleur cœur encore ! »

A l’audience Boulangier fut reconnu par MM. Potel et Portal. Concernant l’agression mortelle contre M. Pape, Boulangier en aurait parlé à un co-détenu, Ledellec, bien avant ses aveux. Il écrivit alors à l’un des juges de paix du Havre :

« Vieille bourrique, c’est bien la peine que je te demande la déposition de Ledellec, au lieu de me l’envoyer, tu l’envoies au juge d’instruction, de sorte que tu as pu la falsifier avec lui comme une vraie bande de coquins que vous êtes : Mort à la société ! Mort aux magistrats ! Vive l’anarchie ! Ce sera toujours mon cri de guerre. »

Dans une autre lettre au juge d’instruction, Boulangier expliqua : « Je n’ai pas fait d’études, j’ai été à l’école du vice et du vol, ça m’a suffit ; si j’avais pu pousser mon système à la perfection, je serai devenu quelque chose ; bien dirigé, j’aurais eu un nom, malheureusement la société m’arrête dès le début. Je n’aurai pas le temps de suivre l’exemple de Ravachol, d’Henry et des autres, dont les sentiments sont les miens. »

Le jury de la cour d’assises de Rouen le déclara coupable dans toutes les affaires, sans circonstances atténuantes, il fut condamné à mort le 25 novembre 1908. Au moment du verdict, Boulangier se leva et le poing tendu vers le jury, lança une bordée d’injures à l’encontre des magistrats et des jurés.

Il fut gracié le 6 février 1909 et sa peine commuée en travaux forcés à perpétuité.

Il décéda aux Iles du Salut le 21 novembre 1912.

SOURCES :
Arch. Dép. de Seine-Maritime 1R3078 — Le Journal de Rouen 26 novembre 1908 — Arch. Nat. BB/24/2099 dossier 10719 S08. — Notes de Patrice Rannou.