Neuvième chambre correctionnelle Bagarre électorale. Un propriétaire qui défend son mur.

M. Maurice Barrès était candidat dans l’arrondissement de Neuilly aux dernières élections législatives, et la lutte a été chaude entre tous les candidats, notamment entre MM. de Pressensé, Houdard, Lefoullon, qui fut l’heureux vainqueur, et M. Maurice Barres, l’écrivain bien connu.

IL faut dire que bien souvent M. Maurice Barrès trouvait ses affiches couvertes par un papier publiant des théories anarchistes plus ou moins subversives,

M. Barrés rongeait son frein en silence, quand un jour deux anarchistes, les compagnons Rousset et Bastard, viennent se mettre en demeure d’apposer leur fameuse affiche, Le Père Peinard au populo, sur les murs mêmes de la propriété de M. Barrès.

Des amis de M. Barrès qui se trouvaient là s’y opposeront et notamment son secrétaire, M. Sylvain, sortit dans la rue et intima l’ordre aux colleurs d’affiches d’avoir à cesser leur besogne. Ceux-ci refusèrent plusieurs colloques s’engagèrent qui bientôt dégénérèrent en une rixe violente, d’autant plus que des camarades venaient de se joindre au groupe anarchiste. Au cours de cette bagarre la bonne de M. Barrès était descendue et, apprenant de quoi il s’agissait, défendit vaillamment son mur et se jeta dans la mêlée. Pendant que M. Sylvain était terrassé et battu, la bonne eut la main traversée par un instrument pointu que l’on soupçonna être un couteau, mais personne n’a vu l’arme, pas même la blessée,

En raison de ces faits, Jules-Louis-Etiènne Rousset et Michel Joseph Elysée Bastard comparaissaient hier devant la neuvième chambre correctionnelle, présidée par M. Bastid, sous l’inculpation de coups et blessures.

M. le substitut Seligman soutient l’accusation et Me Lagasse, assiste les deux compagnons.

Bien loin de faire jaillir la vérité, les dépositions des nombreux témoins ne font qu’embrouiller l’affaire, ainsi qu’il arrive souvent. Toutefois, après la plaidoirie de Me Lagasse, le tribunal condamne les deux compagnons chacun à 50 francs d’amende et aux dépens. Merci pour l’anarchie s’écrie, en sortant et remerciant le président, l’anarchiste Bertrand.

Le Matin 24 septembre 1893