Anarchiste en Correctionnelle.

Joseph Eyglier, ancien gérant de l’Agitateur, est anarchiste ou du moins il reconnaît l’a voir été. Aujourd’hui il déclare « ne plus se mêler d’anarchie ». Qu’est-ce qui l’amène devant le tribunal? Travaillant, 11 y a quelque temps, pour le compte de MM. Savon frères, il a fait un effort en chargeant un sac et il en est résulté pour lui une hernie. Il s’est rendu chez M. Menc, commissaire de police du 15e arrondissement, pour lui remettre une liste de témoins dans son affaire et comme ce fonctionnaire avait transmis cette liste à la Compagnie des Docks, Eyglier qui est d’un naturel violent, s’est fâché :

— Vous faites du fourbi avec les Docks! s’est-il écrié. Mais je les ferai sauter. D’où une double poursuite en outrages à un magistrat administratif et menaces de destruction d’un édifice, à laquelle il avait à répondre hier, devant la 4° chambre. — vous avez seize condamnations? lui de mande M. le président Chamand.

— Vous vous trompez, réplique Eyglier; et puis ce sont des condamnations politiques. Le compte fait, il se trouve qu’il n’y en à que quatorze, dont plusieurs à Toulon pour coups; une de 8 mois à Aix pour vol; plusieurs à Marseille pour rébellion, outrages a magistrats, etc.

— Vous avez dit n’avoir subi que des condamnations politiques, or, je n’en trouve que deux de cette nature sur quatorze. Expliquez-vous sur l’outrage et la menace de destruction qui vous sont reprochés?

— J’avais dû cesser mon travail, J’avais faim. J’étais égaré et j’ai dit: «Si on ne me fait pas justice, je fais sauter les Docks ! » Mais c’était une façon de parler, j’avais l’esprit surexcité.

— Il faut calmer votre esprit, lui conseille M. le président. M. le substitut Gheerbrant fait connaître que le prévenu se présente toujours devant les magistrats la menace à la bouche. « J’ai été obligé, dit l’organe du ministère public, de le mettre à la porte de mon cabinet, Sa femme a dû se séparer de lui et aller vivre avec sa fille. »

Me Raoul Brion présente avec beaucoup de modération la défense du prévenu. Le tribunal accorde à celui-ci les circonstances atténuantes et, vu sa bonne attitude à l’audience, ne le condamne qu’à 2 mois de prison (la détention préventive ne comptant pas.)

Le Petit Marseillais 29 décembre 1893