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Département du Rhône

Ville de Villefranche

Cabinet du commissaire de police

Le 8 novembre 1894

Monsieur le juge d’instruction

J’ai l’honneur de vous faire connaître que la famille Guittard habite Villefranche depuis de nombreuses années.

Guittard père est propriétaire de l’immeuble qu’il habite, rue Montplaisir, n°2.

Il est père de deux enfants, Louis âgé de 22 ans et une fille âgée de 8 à 10 ans.

Il est ouvrier teinturier et travaille actuellement à l’usine Bernand.

Son fils a fréquenté l’école laïque à Villefranche où il a reçu une bonne instruction primaire.

A l’âge de 15 ans, en 1887, il a été mis en apprentissage comme ouvrier forgeron, chez M. Virfollet, 10 rue de la République, où il est resté pendant deux ans.

La première année il était très gentil dit-on, mais ses fréquentations l’amenèrent bientôt, quoique jeune encore, à des opinions avancées et dès ce moment ne voulait se soumettre ni au patrion, ni au contremaître ; ce que voyant ce dernier lui dit un jour : « Que penses-tu faire en agissant ainsi ? » A quoi il répondit : « Si vous aviez assisté aux réunions auxquelles j’ai pris part, vous parleriez autrement. »

En l’absence du patron et du contremaître, il manifestait déjà vis à vis des autres ouvriers de l’usine, ses opinions anarchistes et son père prévenu de ce fait le tolérait et l’approuvait pour ainsi dire.

Ensuite il fit un petit tour de France qui ne fut pas de longue durée et à son retour, il travailla successivement chez M. Boche, charron, rue Pierre Morin, ensuite à l’usine à gaz, comme manœuvre et enfin comme commis de peine à la maison Morel-Collonges et Cie où il était encore au moment de son arrestation.

Dans cette dernière maison, il ne manifestait guère ses opinions que ses patrons ne connaissaient même pas et le disaient assidu et sérieux pour son travail.

Malgré cela, Guittard, n’a cessé de fréquenter les compagnons anarchistes et plus particulièrement les nommés Fayard, Champalle frères, Baby, Bernard, Odin, Desplanches, Gougaut et Valter.

Ce dernier est d’un caractère très personnel et est réputé pour un des sujets les plus intelligents du groupe.

Il n’est pas possible d’obtenir d’eux des renseignements sérieux ; Guittard doit faire des correspondances lui-même et ne doit confier ses secrets qu’aux individus ayant ses opinions. Il est réputé pour (être) un jeune homme très rusé et vindicatif, il est assez sobre et se livre très peu à la boisson.

Une partie de ses loisirs étaient, dit-on, consacrés à la lecture, il était même abonné à des journaux de sciences.

Ce sont, quant à présent, tous les renseignements que nous avons pu recueillir sur (le) compte de l’anarchiste Guittard.

Veillez agréer, Monsieur le Juge d’instruction, l’assurance de ma respectueuse considération.

Le Commissaire de police.

Archives de Paris D. 3U 6 carton 53