Joseph Jean-Marie Tortelier. Document Ephéméride anarchiste.

Le citoyen Tortellier, l’un des organisateurs de la manifestation du 9 mars dernier à l’esplanade des Invalides, écrit au Citoyen et la Bataille une lettre pour annoncer qu’il donne sa démission de membre du « comité national du parti ouvrier». Ce comité a été organisé par les socialistes révolutionnaires dit « possibilistes », au nombre desquels figure le citoyen Joffrin, conseiller municipal de Paris. Le citoyen Tortellier motive ainsi sa démission.
Les derniers événements m’obligent à vous adresser ma démission.
Ayant, avec plusieurs camarades sans travail, à la chambre syndicale de notre corporation, adhérente au parti ouvrier, fait la proposition d’un meeting à l’esplanade des Invalides, celle-ci l’adopta, nomma une commission et vota la somme de 50 fr. Plusieurs groupes du parti nous appuyèrent moralement et pécuniairement.
Aujourd’hui, comme aux radicaux, il plaît an citoyen Jofffrin de déclarer au conseil municipal que c’est le préfet de police qui a organisé la manifestation de plus, cette déclaration est insérée dans le journal le Prolétaire.
Je proteste énergiquement au nom de tous ceux qui, comme moi, sont sans travail et ont assisté au meeting.
Ces citoyens du Prolétaire disent que le parti ouvrier a déconseillé le meeting? Ce qui veut dire que les groupes qui l’ont appuyé ou provoqué ainsi que tous les travailleurs qui s’y sont rendus ne sont pas du parti ouvrier? Le bête le dispute au ridicule.
Ainsi, c’est bien entendu, les ouvriers sans travail devront mourir de faim avec leurs familles dans leurs mansardes, plutôt que de protester publiquement, parce qu’ils dérangeraient les prétendus révolutionnaires dans leur organisation.
Ils ne doutent de rien, comme si l’organisation était possible dans ces temps de misère, où plus de 150,000 ouvriers, rien qu’à Paris, manquent de travail et ne savent pas s’ils mangeront demain !
Avis au citoyen Joffrin, qui exige 300 francs par mois; quand on ne lui en donne que 200, il se plaint amèrement et menace de donner sa démission, et si comme moi et les autres il ne gagnait rien ?
Non ce qui est possible, c’est que tous les vrais révolutionnaires, tous ceux qui se sentent capables de dépenser un peu d’énergie pour l’humanité, doivent protester, même dans la rue s’il le faut, plutôt que de laisser passivement tant de malheureux sans pain.

Le Temps du 26 mars 1883 Gallica

L’épilogue de cette opposition entre Tortelier et Joffrin : Congrès de la Fédération du Centre en 1883 : Les socialistes expulsent les anarchistes à coups de couteau