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Meeting le 29 mai 1887

…Paris compte une vingtaine de groupes anarchistes, la Panthère des Batignolles, auquel Duval était affilié et qui tenait ses réunions rue Legendre, 100, salle Renaud; la Vengeance, qui se réunit rue de la Montagne-Sainte-Geneviève, salle Gaucher; les Insurgés, le Drapeau rouge, les Parias, lesquels fusionnent assez fréquemment dans des réunions tenues en commun, 131, rue Saint-Martin, et 58, rue Réaumur; l’Avant-Garde, qui se réunit 11, place d’Italie; le Drapeau noir, qui s’assemble à Charonne; la Hache, qui se réunit 30, rue des Couronnes; la Varlope, composée de menuisiers, se réunissant rue Réaumur; l’Aiguille, composée de tailleurs, se rassemblant 2, rue Vivienne, salle Gaussard; la Jeunesse révolutionnaire, qui a des ramifications dans les 3°, 9°, 10°, 11°, 19° et 20e arrondissements de Paris; le groupe anarchiste allemand, dont le siège est rue Keller; les Antipatriotes, qui se réunissent dans un débit de vin de la rue Pigalle; le Tocsin, dont le siège est 16 rue Saint-Victor; la Sentinelle de Montmartre, qui occupe une salle du débit de l’Echelle de Jacob, au coin de la rue Berthe, dans le voisinage de l’un des escaliers qui conduisent au Sacré-Cœur; les Misérables, qui se réunissent à Grenelle, salle Tessier, rue des Entrepreneurs; la Lutte, le Combat, la Révolte, les Mécontents et enfin le groupe curieux des Antipropriétaires, qui n’exerce sa propagande par le fait qu’à l’approche du terme.

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La banlieue est représentée dans le concert anarchiste par les groupes de Montreuil, Vincennes, Saint-Mandé, Puteaux, Saint-Denis et le Cercle anarchiste de Levallois-Perret, qui est assez important relativement aux autres. Il est assez difficile de fixer exactement le nombre d’adhérents à ces différents groupes. L’anarchiste est un être un peu insaisissable; nombre de groupes de Paris n’ont jamais réuni plus d’une quinzaine de jeunes gens; il est des groupes qui n’en ont compté que trois ou quatre. En évaluant à un millier pour Paris et à deux cents pour la banlieue l’effectif des forces anarchistes, on a des chances d’être fort au-dessus de la vérité. C’est surtout du parti anarchiste qu’on peut dire qu’il n’existe que par le bruit qu’il fait ou qu’on fait autour de lui.

L’un des groupes les mieux organisés en vue de l’action est celui dit de la Ligue des antipropriétaires. « Déménager à la cloche de bois » est une vieille habitude parmi la bohème des ateliers parisiens. Les anarchistes lui ont fait l’honneur de l’élever à la hauteur d’une théorie politique, la seule qu’ils pratiquent d’ailleurs très fréquemment. L’ennemi en pareil cas n’est pas le bourgeois, mais le concierge, qui, du fond de sa loge, a l’œil ouvert sur les locataires véreux. Un anarchiste de la Ligue est-il forcé de déménager? il prévient les camarades, cinq, six, une douzaine même, selon l’importance du mobilier à enlever.
Deux l’accompagnent à son domicile, montent chez lui et l’aident à préparer le déménagement en ayant soin de placer dans un premier paquet ce qui pourrait le compromettre. D’ordinaire, le premier paquet passe sans difficulté devant la loge du concierge. Au second voyage, celui-ci a l’œil ouvert; quand les compagnons descendent, il hasarde naturellement quelques observations.
Le malheureux! Cinq minutes après, la bande des autres anarchistes, placée en observation chez un marchand de vin du voisinage, accourt et envahit sa loge. S’il est naïf ou s’ils ont affaire à une femme, ils inventent quelque récit de quartier pour l’occuper pendant que le compagnon déménage son mobilier. Si le concierge est plus avisé et qu’il veuille s’opposer au déménagement, tant pis pour lui en un instant il est saisi, encellulé dans sa loge, et le déménagement s’opère, non sans fracas, car, à tous les étages, les locataires que le bruit de la lutte a fait sortir invectivent les anarchistes-déménageurs. L’opération terminée, la bande, avec l’entrain endiablé des démons qui chantaient devant l’ermitage de saint Antoine, entonne le couplet suivant, en dansant une ronde devant la maison :
« Si tu veux être heureux, Nom de Dieu
Pends ton propriétaire,
Coupe les curés en deux,
Fout les églises par terre. Nom de Dieu»
Quelquefois les agents interviennent; le loustic de la bande leur fait alors observer que, selon une prescription spéciale du préfet de police, il est enjoint aux commissaires de rester étrangers aux démêlés entre locataires et propriétaires. Les chants cessent et la voiture, traînée par les anarchistes, disparaît au premier tournant de rue…

Source : Extraits d’un article du journal Le Temps 26 janvier 1887

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k2312903/f2.image

En cliquant sur les noms de rues, on peut voir la situation actuelle de ces lieux de l’anarchie.