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Metmuseum. Photo anthropométrique Bertillon.

Née vers 1858 à Paris (XIe arr.) : tapissière ; célibataire ; anarchiste, féministe, syndicaliste parisienne.

En novembre 1890, Eugénie Collot fit partie d’une liste de candidates, aux élections des prud’hommes, présentée par la Ligue d’affranchissement des femmes, afin de protester contre la loi interdisant aux femmes de voter et de se présenter.
Le 26 février 1891, pour lutter contre les salaires insuffisants, le chômage et le manque d’union des tapissières qui les livrait à la « rapacité patronale », un syndicat fut crée dont Eugénie Collot était la secrétaire.
En juillet 1891, le Comité général de la Bourse du travail, procéda à l’élection de la commission exécutive, Eugénie Collot figura parmi ses membres.
Elle fut déléguée de la Bourse du travail de Paris au congrès de Bruxelles de la 2e Internationale (1891). Elle y rencontra la femme de Liebknecht qu’elle invita à venir visiter la Bourse du travail de Paris. En août 1891, Mme Liebknecht se déplaça à Paris, où elle émit le souhait que « toutes les femmes, toutes les mères s’entendent afin d’empêcher le retour dans l’avenir des hécatombes qui ont coûté si cher à nos deux pays ».
Le 26 septembre 1892 eut lieu, à la Bourse du travail, un meeting organisé en faveur des grévistes de Carmaux : 3.000 personnes se trouvaient dans la salle. Les anarchistes se regroupèrent près de la tribune, guettant le moment de l’envahir. Cette occasion se présenta lorsque Eugénie Collot, qui ne s’était pas inscrite pour prendre la parole, se retourna pour répondre au bureau et fit diversion, laissant libre l’accès à la tribune, qui fut envahie.
En novembre 1892, Eugénie Collot occupa le bureau n°16 de la Bourse du travail, situé au 1er étage, au nom du syndicat des ouvrières tapissières et couturières, dont elle était la secrétaire. Le bureau était fréquenté par des anarchistes, souvent des ébénistes.
En décembre 1892, elle fit partie du Comité féminin, organisateur des soupes conférences de la salle Favier (voir Chatillon), où les anarchistes donnaient à manger aux « meurt-de-faim et de va-nu-pieds », tout en leur faisant écouter des orateurs. Eugénie Collot quitta cette initiative en février 1893, sans en donner le motif.
Le 15 mai 1893, plus de 2.000 personnes assistèrent à un meeting organisé par le Comité de propagande de la Bourse du travail, pour protester contre les propos tenus à la Chambre des députés par Yves Guyot, vis à vis des travailleurs parisiens et des syndicats de la Bourse. La compagne Collot y fit le procès des députés, de la bourgeoisie et termina par « une profession de foi anarchiste », selon un rapport de police du 15 mai 1893.
Le 26 juin 1893, un meeting se tenait dans le grand amphithéâtre de la Bourse du travail, pour protester contre le risque de fermeture de ce lieu. En effet, si les syndicats ne se pliaient pas à la loi du 21 mars 1884, régissant leur organisation, le gouvernement brandissait la menace de fermer la Bourse. À la fin de la réunion Eugénie Collot voulut déposer une motion, pour honorer Ravachol. Un auditeur s’écria : « Occupez-vous donc des vivants, nom de dieu ! ».
Le 3 juillet 1893, 300 personnes assistèrent à la réunion du Comité général, dans la grande salle de la Bourse du travail, Eugénie Collot, essaya de faire rectifier un procès-verbal (sans doute celui de la réunion où elle tenta de rendre hommage à Ravachol) mais elle fut vivement interrompue, des assistants déclarèrent que les demandes de rectification devaient être faites par écrit et inscrites au Bulletin de la Bourse. Un auditeur demanda aux secrétaires, si la décision d’écrire au syndicat des tapissiers, pour lui demander le remplacement d’Eugénie Collot, comme déléguée au Comité général, avait été prise. Quelques-uns demandèrent l’expulsion de Collot, tant elle fit du bruit.
Elle finit par lire son message et l’incident fut considéré comme clos.
Malgré le manque de succès de sa proposition d’hommage à Ravachol, elle fit le même appel lors plusieurs réunions publiques. Les anarchistes finirent par reprendre l’idée à leur compte et publièrent cet appel : « Des camardes, fidèles au souvenir, informent tous ceux pour qui Ravachol n’eut d’autre impulsion que l’amour du mieux, qu’ils ont décidé de ne laisser passer l’anniversaire de son martyr, le mardi 11 juillet prochain, sans lui témoigner leur sentiment de deuil et de solidarité. Or n’étant pas à proximité de la sépulture de l’immense propagateur, pour y déposer l’objet de leur mémoire (soit fleurs ou autres), ils ont choisi le monument Diderot, cet autre illustre précurseur de l’anarchie comme le fut d’ailleurs tout penseur à quelque temps qu’il ait appartenu.
Rendez-vous à la statue du célèbre philosophe, sise boulevard Saint-Germain, dimanche 9 juillet, ceci pour faciliter les camarades que les occupations pourraient retenir le mardi 11 ».
Or, jusqu’à midi, aucun rassemblement ne se forma près de la statue, et ce n’est que vers deux heures que quelques membres des groupes anarchistes s’approchèrent des abords de la place St Germain des Prés. A 15h50, Eugénie Collot, accompagnée de Gaston Dubois, arriva sur la place et sortit d’un papier, une couronne portant l’inscription : « A Ravachol, mort pour la vérité ». Elle voulut la déposer au pied de la statue, mais des agents s’en emparèrent aussitôt et l’arrêtèrent, avec Dubois. Ils furent interrogés par le commissaire de police et remis en liberté.
Le 17 novembre 1893, au café Corraza, galerie Montpensier, ce fut elle qui fit payer, à l’entrée, les 60 centimes de participation aux frais, lors d’une conférence de Bernard Lazare.
Elle fut inscrite sur une liste d’anarchistes célibataires, âgés de moins de 40 ans, au 14 avril 1894. Elle demeurait alors 62 boulevard Beaumarchais et son dossier à la Préfecture de police portait le n° 321381.
Eugénie Collot fut perquisitionnée à son domicile, le 11 mars 1894 et arrêtée le 12 mars par le commissaire Carlier du quartier de l’Arsenal, pour association de malfaiteurs. Elle était encore détenue le 19 mai 1894. Elle fut libérée vers le 16 juin, sans que la date exacte soit connue. Elle écrivit à sa sortie, une lettre au juge d’instruction Henri Mayer, pour protester contre les 3 mois de prison qu’elle venait de subir à St Lazare, l’informant qu’elle venait de déposer une couronne d’épines (celles du martyr) sur la tombe de Vaillant.
Eugénie Collot figurait sur une liste des anarchistes, au 31 décembre 1896, elle demeurait 40 cours de Vincennes.
En 1898, elle relança le projet de L’Idée nouvelle, société organisatrice de conférences qui avait du interrompre ses activités, après la répression qui suivit l’attentat de Vaillant. Des conférences furent organisées : « Au pays de l’Inquisition ; de Montjuich à Cuba », ou contre l’antisémitisme avec Laurent Tailhade, Fernand Pelloutier , Pierre Quillard, Zo d’Axa, Adolphe Retté. Steinlen donna même un dessin La Cage, dont la reproduction vendue 0,50 francs, servit à couvrir les frais d’organisation.
En octobre 1900, l’Ere nouvelle prit le nom de La Rénovation sociale par le travail. A l’ancien comité composé d’hommes de lettres (Paul Adam, Lucien Descaves, etc.. .) se joignirent des « artistes et penseurs » : Eugène Carrière, Elisée reclus, Steinlen, Tolstoï. S’opposant au pouvoir de l’argent, cette société eut pour but de « glorifier, de réhabiliter, de répartir équitablement le travail ».
En 1901, elle reconstitua la chambre syndicale des ouvrières tapissiers en ameublement mais la Bourse du travail lui refusa une salle pour se réunir. Elle écrivit une lettre de protestation au président du conseil municipal de Paris, expliquant que son syndicat avait déjà perdu son bureau à la Bourse, pour avoir refusé « d’opter pour la subvention de son budget » et avoir refusé l’intrusion de la politique au sein de la Bourse.
A partir de 1902, La Rénovation sociale par le travail sembla prendre une orientation moins subversive, en mettant la science au cœur de son projet, comme moyen d’unir les classes sociales. Son activité se poursuivit au moins jusque juillet 1905, où Eugénie Collot remit une pétition au ministre du commerce, demandant la création de l’inspection du travail en Algérie.
Elle fit partie de la Fédération française du Droit humain, obédience franc-maçonne.

SOURCES : Le Rappel 30 août 1891, 21 mai 1898 — Le Radical 27 septembre 1892 — L’Est Républicain du 10 juillet 1893 — Le Temps 23 novembre 1890 et 11 juillet 1893 — Le Journal 27 juin 1893 — Journal des débats 10 juillet 1893 — Le journal 11 juillet 1893 — L’Intransigeant 17 juin 1894 et 21 mai 1901 — La Justice 7 février 1893 — Le Gaulois 18 novembre 1893 — Temps nouveaux 7 mai, 25 juin 1898, 20 octobre 1900 — Le XIXe Siècle 24 juin 1898, 21 mai 1905 — Femmes et franc-maçonnerie : trois siècles de franc-maçonnerie féminine et mixte (1740 à nos jours) par Gisèle et Yves Hivert-Messeca- Dervy. — Arc. Préf. Pol. Ba 1499, 1500, 1603, 1608. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine.

ICONOGRAPHIE : http://www.metmuseum.org/art/collection/search/306741