Né le 8 mars 1870 au Havre (Seine-Inférieure), mort le 17 avril 1907 à Cayenne (Guyane). Typographe, militant anarchiste au Havre. Bagnard.

Dès 1889, Lepiez entretenait des relations suivies dans le milieu anarchiste puisqu’il informait, dans La Révolte, les autres militants de sa nouvelle adresse au 6 rue Grouchy au Havre.Retour ligne automatique
Le Père Peinard du 30 novembre 1890 annonça qu’à la suite d’une soirée familiale organisée à propos de la pendaison des anarchistes de Chicago, les participants organisèrent une manifestation spontanée sur le boulevard, chantant la Carmagnole. La police voulut emmener au poste l’un des manifestants et une bagarre s’ensuivit, au cours de laquelle Lepiez fut mis en état d’arrestation et condamné à 3 mois de prison.Retour ligne automatique
Le 31 mars 1891, se tenait la première réunion d’un groupe de propagande dans les campagnes à la brasserie de la Loire, rue d’Etretat, Lepiez était le correspondant du groupe.Retour ligne automatique
Le 14 juin 1891, la Coalition révolutionnaire havraise organisait une réunion publique dans la salle du Café du Progrès, place St Vincent pour discuter de la nécessité du groupement révolutionnaire et de la prétendue réforme des trois huit. On pouvait se procurer les cartes d’entrées chez Lépiez et Heudier.Retour ligne automatique
Début juillet 1891, il animait une réunion avec Bisson et Heudier, au quartier François. Le commissaire présent les interpellait sur l’absence de bureau. Les anarchistes obtempérèrent en nommant président « le premier venu ».Retour ligne automatique
Le 28 décembre 1891, il ne put accepter la gérance du journal Le Falot cherbourgeois puisqu’il était privé de ses droits civils pendant 5 ans, par contre il proposa de venir distribuer le journal et de faire les affichages.Retour ligne automatique
En février1892, des placards antipatriotiques, adressés aux conscrits avaient été distribués au Havre .Retour ligne automatique
Le 19 mars 1892, une perquisition était effectuée à son domicile, la police y découvrait deux exemplaires manuscrits intitulés « Aux conscrits » et saisissait aussi un carnet avec de nombreuses adresses de militants anarchistes de toute la France et de l’étranger, certains responsables de journaux anarchistes (L’Homme libre, Le Falot cherbourgeois, L’Attaque, La Révolte, L’En Dehors, Le Libertaire d’Alger) ou de militants en vue comme Martinet, Zévaco,Pouget.Retour ligne automatique
Sur ce carnet figurait également un décompte du coût de l’achat d’une certaine quantité de nitroglycérine et de nitrate d’ammoniaque. Retour ligne automatique
Le 26 avril 1892, le commissaire spécial du Havre, était informé que des anarchistes avaient l’intention de faire distribuer dans les casernes un manifeste aux soldats, leur démontrant que l’ouvrier n’a pas de patrie et leur recommandant de refuser au 1er mai de tirer sur leurs frères. Ce manifeste était autographié dans une imprimerie clandestine. Cette imprimerie se trouvait en fait 92 rue du Champ de Foire, où travaillait Lepiez. Retour ligne automatique
Lepiez ignorait que le brouillon du manifeste qu’il avait montré à un compagnon se faisant appeler Cordier, commis-voyageur, était en réalité un agent de la sûreté nommé Marchand. Retour ligne automatique
Dans la nuit du 26 au 27 avril, aux abords de la caserne du Havre, Lepiez afficha le placard incitant les militaires à la désobéissance.Retour ligne automatique
Il colla une vingtaine de placards « Le Père Peinard au populo », à Sanvic. Ce fut en revenant au Havre, pour coller le reste qu’il fut arrêté dans la soirée du 28. La police saisit dans son lit, 90 exemplaires de l’affiche du Père Peinard qui devaient être collées au Havre.Retour ligne automatique
Le même jour les anarchistes Bellin, Dodillon, Caron, Glaser, Vautier, Heudier et Goubot étaient arrêtés.Retour ligne automatique
Le 12 mai 1892, les gendarmes escortèrent Lepiez, de la prison au conseil de révision. Le préfet lui demanda si c’était bien lui qui, au moment du tirage au sort de la classe 1891, avait répandu un factum révolutionnaire destiné à détourner, les jeunes gens, de leur devoir envers leur patrie. Il lui répondit : « Mon écrit était antipatriotique. Je n’ai fait qu’accomplir un devoir, car je ne connais pas d’autre patrie que l’humanité. »Retour ligne automatique
Le 4 juillet 1892, Lepiez, fut extrait de la prison du Havre et transférés à Rouen pour passer en cours d’assises.Retour ligne automatique
Le 26 juillet 1892, à l’audience, une compagnie du 24e de ligne occupait la Conciergerie ; 14 gendarmes étaient de service dans la salle et à la prison, enfin des agents de la sûreté occupaient des places dans l’auditoire.Retour ligne automatique
Aux charges relevées contre lui Lepiez répondit qu’il n’avait pas à se défendre d’actes qu’en sa qualité d’anarchiste, il se glorifierait d’avoir commis et que lorsque le moment serait venu, il justifiera d’un alibi. Retour ligne automatique
Le président donna lecture du manifeste distribué aux soldats : « On vous a arrachés à vos travaux pour vous revêtir de la tunique infâme. Souvenez-vous que les ouvriers n’ont pas de patrie, parce qu’ils n’ont rien à défendre… Si, au 1er mai, la bourgeoisie apeurée vous ordonne de tirer sur nous comme l’année dernière à Fourmies, refusez. ». Ce manifeste était signé « un groupe d’anarchistes havrais ».Retour ligne automatique
Lepiez reconnut être l’auteur du manifeste. Il déclara à propos de l’agent de la sûreté qui lui avait donné de l’argent : « Je ne peux pas dire que Marchand m’a poussé, mais il m’a aidé ; j’ai bien vu tout de suite qu’il était un mouchard, mais…j’ai accepté l’absinthe et l’argent, car je voulais le garder pour utiliser les fonds qu’il me fournissait ; c’est avec ça que j’ai fait imprimer mes placards ».Retour ligne automatique
Quand à l’affiche du Père Peinard, le passage incriminé était le suivant : « Peuple, si tu veux être heureux, il faut que tu reprennes tous les biens que les bourgeois t’ont volés, et ce n’est que par la révolution que nous arriverons, c’est pour cela que nous disons : ne vote pas, révolte-toi ».Retour ligne automatique
L’affiche « Le Père Peinard au populo », fut considérée par le tribunal comme un appel au meurtre.Retour ligne automatique
Lepiez était en outre accusé avec deux co-inculpés Lapointe et Paridean, d’avoir commis un vol chez M. Ernst le 4 janvier 1892 au hameau de la Croix-Blanche à Bléville et d’une tentative d’incendie.Retour ligne automatique
Lepiez nia sa participation, lors de l’audience il fournit un alibi : au moment du vol, il était chez Mme Fraisune commerçante mais le témoignage fut mis en cause par le président car il n’avait pas été présenté lors de l’instruction. Retour ligne automatique
Me Jennequin l’avocat de Lepiez plaida l’acquittement, la participation de Lepiez au vol et à l’incendie ne reposant que sur l’accusation de Lapointe, quant aux placards anarchistes, il insista sur le rôle de la police dans l’affaire, pour faciliter la publication des affiches : « Ces écrits avaient été provoqués par le policier Marchand, et les moyens de les produire en ont été fournis à Lepiez par les subsides en argent donnés par cet agent de police et qui provenaient des fonds secrets ».Retour ligne automatique
Quant à Lepiez, la plaidoirie de son avocat terminée, il déclara : « Quelque soit le verdict, je suis et je resterai anarchiste ».Retour ligne automatique
Après une heure et demie de délibéré Lepiez, Lapointe et Paridaen étaient reconnus coupable du vol et de la tentative d’incendie chez M. Ernst. Lepiez fut en plus, jugé coupable de provocation à la désobéissance et d’injures à l’armée. L’excitation au pillage étant écartée.Retour ligne automatique
Lepiez et Paridaen furent condamnés à 10 ans de travaux forcés et Lapointe à 8 ans.Retour ligne automatique
A l’énoncé du verdict, Lepiez, se tournant vers le fond de la salle, pendant que les gendarmes l’emmenaient, s’écria : « Vous qui restez, du courage ! … »Retour ligne automatique
Dans la voiture cellulaire qui les ramenait à la prison, les trois condamnés continuaient à crier à pleins poumons : « Vive l’anarchie ! ».Retour ligne automatique
Cette affaire du Havre eut un rebondissement tragique à St Denis où Chapuillot et Meyruels assassinèrent Bisson, l’un des compagnons anarchiste du Havre, accusé d’avoir livré à la police, Lepiez, Lapointe et Paridaen.Retour ligne automatique
Lepiez purgea sa peine au bagne de Guyane. Retour ligne automatique
Les 22 et 23 octobre 1894, des bagnards anarchistes, participèrent à une révolte à l’Ile Saint-Joseph, bien que n’y ayant pas participé, sa case fut saisie. Il fut ligoté et jeté au cachot, subissant de mauvais traitements. Puis on le transféra avec d’autres prévenus à Cayenne, pour comparaître devant le tribunal spécial maritime où il fut acquitté.Retour ligne automatique
Après le procès, tous les anarchistes furent regroupés à part, dans une case sur l’Ile Saint-JosephRetour ligne automatique
Atteint semble-t-il de dysenterie, en même temps que Paridaen, ils furent hospitalisés. Ce fut l’occasion pour eux d’y rencontrer Clément Duval. Paridaen fut vivement rétabli mais Lepiez, de constitution plus délicate ne put jamais guérir totalement et fut toujours maladif, ce qui lui créa beaucoup de problèmes avec les surveillants. Mais selon Duval « dans toutes circonstances il fut toujours très digne, sut faire respecter ses idées ».Retour ligne automatique
Lepiez sortit de l’hôpital retourna à l’Ile St Joseph, travailla à traîner une brouette, un travail au-dessus de ses forces, mais trop fier pour se plaindre, continua jusqu’à l’épuisement. Nouveau séjour à l’hôpital pour 3 semaines mais il revenait sur le chantier aussi faible. Finalement on lui donna un travail un peu moins pénible.Retour ligne automatique
Il fut libéré le 1er septembre 1902, deux jours plus tard, on l’avertissait que le président de la république lui avait fait grâce du restant de sa peine !Retour ligne automatique
Mais sa peine ayant dépassé 8 ans, il était astreint à la relégation perpétuelle en Guyane. En novembre, son avocat publia un article dans le Progrès du Havre pour demander que la grâce présidentielle soit étendue à la relégation.Retour ligne automatique
Mais rien n’y fit Le Journal officiel de la Guyane publia son avis de décès le 17 avril 1907.

SOURCES : Arch. Dép. Seine-Maritime 1R 2893 — Arch. Nat. F7/12507, BB18/6451 — ANOM, matricule 25741 / 8817 — Journal officiel de la Guyane française 18 mai 1907 — La Révolte 28 décembre 1889 — Le Père Peinard 30 novembre 1890, 29 mars et 14 juin 1891, 5 juillet 1891 — — La Lanterne 1er mai, 15 mai, 6 juillet 1892 — Le Petit Journal 15 mai 1892 — Journal de Rouen 27 et 28 juillet 1892 — Courrier du Havre 26 et 27 juillet 1892 — Le XIXe Siècle 17 octobre 1892 — L’Aurore 13 octobre et 15 novembre 1902 — Moi, Clément Duval présenté par Marianne Enckell Editions ouvrières 1991 p. 177, 179 — Souvenirs du bagne par Auguste Liard-Courtois Les passés simples 2005 p. 173, 175, 183. — Notes Marianne Enckell — Dictionnaire international des militants anarchistes.