Document Éphéméride anarchiste

La Chaux de Fonds, 18 juin 1880

Vous avez dû lire dans vos journaux de Paris, un appel en faveur de notre ami mort proscrit au Locle et qui a laissé trois enfants sans ressources. Notre comité fera les fonds pour l’entretien de l’aîné. Eugène Jacot au Locle veut adopter le second et quant au troisième, la chambre de bienfaisance du Locle déclare qu’elle en prendra soin.

Dans notre réunion d’hier soir, il nous a été lu une lettre adressée à Lefrançais à Genève et que celui-ci nous a envoyé immédiatement ; elle venait de Paris, signée d’Amouroux, elle annonce que l’amnistie plénière est certaine et que le 15 du mois prochain, toute la proscription rentrera victorieuse en France. Pindy a alors déclaré que quant à lui, il ne rentrera pas, qu’il resterait à la Chaux de Fonds jusqu’au moment où le parti collectiviste aurait les rennes du pouvoir en France ; que le but du comité révolutionnaire étant la révolution européenne, la Suisse était mieux placée pour diriger ce mouvement, qui marchait à grands pas. Sans doute, a-t-il dit, l’amnistie nous sera d’une grande utilité pour le succès de notre cause, mais ici, nous ne redoutons aucune police et nous pouvons travailler fructueusement pour notre œuvre anarchiste.

Il nous a lu, ensuite, une lettre venant de Brismée de Bruxelles, dans laquelle ce compagnon dit qu’aux élections du 8 courant, il a obtenu 640 voix seulement et que son ami Brasseur en a eu 10 de plus. Ils ont fait une promenade dans la rue, le soir et tous les compagnons de Bruxelles y ont participé, avec le drapeau rouge en tête, ils étaient plus de 4.000. Il se plaint de ceux de Verviers qui ne marchent pas au gré de l’association belge, enfin il parle de l’amnistie probable en France.

Hirsch, que vous avez eu à Paris, a, aussi écrit à Pindy depuis Londres : il dit qu’il pense venir en Suisse pour le mois d’août et qu’il restera une quinzaine à Zurich, il dit qu’à Londres les collectivistes ne sont pas très d’accord et que Félix Pyat assure que l’amnistie déclarée, il ne rentrera à Paris que pour un jour de révolution.

Je n’ai pas pu m’empêcher de dire, en riant que c’était au contraire, ce jour-là que Félix Pyat se sauverait, et tous ceux de la section se sont mis à rire aussi, Pindy le premier.

Nous avons eu communication d’une lettre de Guiseppe de Franceschi, via Cappellari de Milan qui annonçait que le congrès socialiste qui devait se tenir là-bas a été interdit par l’autorité et il demande que les sections italiennes en Suisse, fassent des protestations imprimées en langue italienne et qu’elles demandent l’autorisation d’un nouveau congrès dans l’intérêt de la propagande.

Nous avons envoyé notre adhésion au programme que le Congrès régional de Bordeaux devra discuter le 22 de ce mois. Cette adhésion a été envoyée à Castaing, rue d’Arès, 203 à Bordeaux, c’est moi-même qui l’ai mise à la poste.

Lundi, nouvelle réunion.

Droz

Archives de la Préfecture de police de Paris Ba 438