Préfecture de police. Cabinet du Préfet

Paris le 7 août 1888

La nuit dernière, une vingtaine d’anarchistes qui s’étaient réunis 38 rue Charlot, se sont répandus par groupes de deux dans les divers quartiers du centre de Paris. Ils ont apposé sur les murs des affiches blanches portant la signature de l’un des membres du gouvernement et annonçant la création d’ateliers nationaux.

Ces individus étaient armés m’assure-t-on et résolus à résister, s’ils rencontraient de l’opposition. Ainsi que j’en avais donné l’ordre, les agents ont arraché la plupart des affiches apposées.

Malgré cela, 200 ouvriers se sont rendus ce matin au Ministère de la marine, ainsi que les y conviaient les placards en question et ont demandé à se faire embaucher.

En apprenant qu’ils étaient victimes d’une mystification, ils ont manifesté très haut leur mécontentement.

Divers autres groupes leur ont succédé et se sont dispersés sans murmurer.

Sur la place de la Concorde, 300 personnes ont stationné dans la matinée ; ce groupe s’est également dispersé sans incident sur l’injonction des agents. On a remarqué cinq ou six anarchistes, orateurs habituels des réunions publiques qui distribuaient « La Révolte » aux passants et tâchaient de les retenir pour former des groupes.

L’anarchiste Espagnacq qui refusait de circuler a été arrêté et conduit au poste. Aucun délit n’ayant été relevé contre lui, il a été aussitôt relâché après constatation de son état-civil.

Dans l’après-midi une cinquantaine de garçons coiffeurs auxquels s’étaient mêlés quelques anarchistes, se sont réunis à la Bourse du travail.

Leur attitude était très calme.

Alain Gouzien était à la tribune, rééditant ses violences des jours précédents contre les bureaux de placement, quand un individu est venu annoncer l’arrestation d’Espagnacq. Quelques assistants proposèrent d’aller tous à la place de la Concorde et de le dégager. Mais Gouzien leur fit remarquer qu’il serait maladroit de donner à la police l’occasion de sévir contre eux et les invita à envoyer deux délégués au commissariat de police pour réclamer l’élargissement de leur compagnon.

Cette proposition fut acceptée.

A ce moment arriva Espagnacq qui raconta les circonstances de son arrestation.

La séance continua par des discours sans intérêt où les orateurs promettaient aux garçons coiffeurs et aux ouvriers en général, que le parti anarchiste se trouverait toujours au premier rang, toutes les fois qu’il s’agirait de défendre leur cause.

A la sortie, aucun incident ne s’est produit.

P. Po Ba 99