Préfecture de police.Cabinet du préfet

Paris le 7 août 1888

Grève, ouvriers terrassiers

Journée du 7 août

Ce matin, vers 7 heures ½, 150 grévistes armés de bâtons, se sont dirigés par le pont de St Ouen, vers la carrière Esquerré, boulevard de St Ouen à Gennevilliers. Ils se sont retirés sans résistance sur l’invitation des gendarmes qui la gardaient.

Quelques tombereaux ont été renversés sur divers points dans la matinée d’aujourd’hui.

Vers 8 heures, cité Prost, une centaine de terrassiers ont déchargé un tombereau et ont emmené avec eux, sans exercer d’ailleurs aucune violence, les 6 ouvriers qui travaillaient à cet endroit.

A la même heure, trois grévistes se sont enfuis, après avoir renversé sur la voie du tramway, boulevard du Port Royal, un tombereau chargé de terre.

A 10 heures ½, six ouvriers en grève ont culbuté, à la porte de Choisy, une charrette chargée d’immondices.

Un gréviste a été arrêté boulevard de la Gare, pour avoir frappé un charretier dont il avait renversé le tombereau.

Enfin, deux arrestations, celles des nommés Rapinat (?) et Sylvain Boncry, ont été opérées rue de l’Ourcq pour des faits de même nature.

Réunion à la Bourse du travail

La réunion quotidienne de la Bourse du travail a commencé vers midi devant une assistance aussi nombreuse qu’à l’ordinaire.

Le sieur Boulé a d’abord rendu compte de l’entrevue de la Commission de grève avec la Commission du travail, au Conseil municipal et donné lecture de la lettre par laquelle les grévistes vont faire connaître au président de la Chambre syndicale des patrons entrepreneurs qu’ils acceptent l’arbitrage qui leur a été proposé hier.

Puis il a signalé quelques chantiers où l’on travaille encore, en engageant les grévistes à prendre des mesures énergiques vis à vis des ouvriers de ces chantiers.

Un sieur Charlot, ouvriers terrassier a pris à ce moment la parole pour attaquer Boulé, auquel il a reproché d’être un meneur. « Notre corporation, compte assez d’hommes intelligents pour que nous ne soyons pas obligés de nous mettre à la remorque d’un tailleur de pierres ».

Mais ces paroles ont été mal accueillies par l’auditoire et sur la proposition de Boulé, le sieur Charlot a été expulsé.

Le sieur Chevalier président de la réunion a fait alors monter à la tribune 5 ouvriers terrassiers qu’il avait débauchés dans la matinée. Il leur a fait jurer de ne pas reprendre le travail et leur a fait crier : « Vive la grève ! ».

Après un discours anarchiste d’Espagnacq, Tricotel, trésorier de la grève a fait connaître qu’il lui restait une somme de 1000 francs à la disposition des grévistes.

Puis trois ordres du jour ont été votés, le premier qui doit être transmis à M. le président du conseil, blâment le gouvernement d’avoir pris parti contre les grévistes, les deux autres protestant contre les agissements des polices de Paris et de Versailles.

La séance a été levée aux cris de : « Vive la grève ! »

La sortie s’est effectuée sans incident.

A 3 heures 25, une quarantaine de grévistes sont entrés dans le cimetière Montparnasse pour empêcher le travail des terrassiers et ont menacé 3 tailleurs de pierres. Les agents étant arrivés à ce moment, les grévistes ont pris la fuite.

P. Po Ba 99