Ville de Troyes
Commissariat de police
3ème arrondissement

Perquisition en vertu d’une commission rogatoire de M. le juge d’instruction de Troyes au domicile du nommé Pannetier Ernest Isidore, jardinier demeurant rue de l’Eau Bénite, n°6 à Troyes.

L’an mil huit cent quatre vingt treize, le 21 novembre à 6 heure du matin.
Nous Carré François Eugène Julien, commissaire de police de la ville de Troyes, plus spécialement chargé du 3ème arrondissement.
Agissant pour l’exécution de la commission rogatoire ci-jointe de Monsieur le juge d’instruction de l’arrondissement de Troyes en date du 20 novembre courant à nous transmise à cette dernière date par Monsieur le commissaire central de police de Troyes.
Assisté du brigadier de police Charrier et du gardien de la paix Masingue, nous nous sommes transporté chez le sieur Pannetier Ernest Isidore, jardinier demeurent à Troyes, rue de l’Eau bénite n°6 au premier.
Après avoir frappé à la porte de l’appartement qui nous a été désigné comme étant celui du sieur Pannetier, un individu est venu nous ouvrir et nous a répondu sur interpellation qu’il était le sieur Ernest Isidore Pannetier, né à Ervey (?) arrondissement de Troyes, le 23 avril 1857 de feu André Antoine et Virginie Pauline Fayens (?), marié, sans enfant, jamais condamné.
Nous lui avons alors exhibé la commission rogatoire sus visée de Monsieur le juge d’instruction de Troyes, nous ordonnant de faire perquisition à son domicile. Le sieur Pannetier nous a répondu : « Je m’attendais à cela tous les jours. Vous pouvez faire perquisition, quand à moi, je vais prévenir M. Ballet, mon patron et reviendrait aussitôt. Ma femme me remplacera et vous assistera (sic) pendant.
Et en la présence de la nommée Amandine Rabuat 37 ans, femme Pannetier Ernest Isidore nous avons commencé à procéder à la perquisition.
Le domicile des époux Pannetier se compose au rez de chaussée de deux pièces contigües, d’un grenier et d’une cave.
Dans la première chambre, sous un placard à droite de la cheminée, nous avons découvert, dans une boîte en carton, deux lettres, l’une signée Seb. Faure et en date à Clairvaux du 24 octobre 1893, l’autre signée Jahn en date à Paris du 20 mai 1890. Dans la seconde chambre, dans un placard nous avons trouvé un nombre considérable d’exemplaires de divers journaux et écrits anarchistes, nous en avons saisi un de chaque dans l ‘énumération suit :
Cinq exemplaires de l’En dehors
Trois exemplaires de la Révolte
Deux exemplaires de l’Insurgé
Un exemplaire de l’Indépendant
Un exemplaire du Père Peinard
Un exemplaire de l’Attaque
Un factum écrit au crayon par Pannetier
Une chanson intitulée Germinal
Huit brochures : Le Salariat- Les Travailleurs des villes aux travailleurs des campagnes- L’Anarchie et la Révolution- Aux Affamés- Autorité ou liberté- Poignées de vérités sur le socialisme, ses chefs, ses meneurs et ses truqueurs- La Tribune libre- La Revue anarchiste.
Au milieu de ces divers papiers nous avons trouvé un plan que nous aussi également saisi.
Au cours de notre perquisition le sieur Pannetier est rentré, il a assisté ainsi que sa femme à la fin de notre perquisition.
Nous nous sommes rendus au grenier avec la femme Pannetier et à la cave avec son mari mais nos recherches dans ces deux endroits sont demeurées infructueuses.
En rentrant dans la première pièce, nous avons trouvé sur une table un almanach du Père Peinard pour l’année 1894.
Nous l’avons saisi. Avant de nous retirer nous avons fait connaître au sieur Pannetier les pièces que nous avons saisies.
Malgré les plus minutieuses investigations nous n’avons découvert aucun engin explosible non plus qu’aucun instrument suspect.
Tous les papiers saisis dans l’énumération précédente seront incessamment déposés au greffe du tribunal de 1ère instance de Troyes.
De tout quoi nous avons dressé le présent procès verbal aux fins que de droit.
Le commissaire de police

AD Aube 5 U 268