Aix le 3 juillet 1892

Mon cher ami,

Ah ! çà ! Est-ce que les troyens m’oublieraient complètement ! Comme depuis trois mois je suis coffré et pas un n’a eu l’idée de m’envoyer un bout de lettre, ne serait-ce que pour m’envoyer une bouffée d’air libre et une parole de sympathique (illisible) ?

J’espère que tu vas réparer de suite cette négligence par une longue, très longue lettre, dans laquelle tu me mettras un peu au courant du mouvement à Troyes et la région.

Tu me parleras du 1er mai au point de vue anarchiste et électoral. Tu me nommeras ce qui s’est passé là-bas à cette occasion, avant, pendant, après.

J’ai soif de nouvelles, envois-moi de quoi étancher (?) cette soif.

Rappelle moi au souvenir de tous les autres. Dis-leur que je me porte bien, que je travaille pour notre chère cause et qu’ils me reverrons quand je serai libéré, si le Cirque est libre.
Bien à toi et à tous.

Sébastien Faure

Détenu à Aix Bouches du Rhône

Est-ce bien ton adresse ?

Lettre saisie lors d’une Perquisition chez Lécorcher Charles, 47 ans, métreur à Troyes